Des jardins et des hommes... Sélection bibliographique
Pour cette seconde bibliographie thématique, les documentalistes du service Patrimoine et Inventaire de Nouvelle-Aquitaine vous proposent de découvrir une sélection d’ouvrages et d’articles sur les jardiniers et leurs pratiques, depuis André Le Nôtre jusqu’à Gilles Clément. Tous les titres proposés sont à retrouver dans vos centres de documentation de Bordeaux, Limoges et Poitiers. Bonne lecture !
1. Les jardiniers au service du pouvoir royal
Au 17e siècle, les jardiniers occupent une place essentielle dans la mise en valeur des espaces nobles et du pouvoir. André Le Nôtre (1613-1700), avec ses jardins à la française, incarne un idéal où la nature est maîtrisée et ordonnée selon les codes de l’élégance classique. L’ouvrage de Thierry Mariage, L’univers de Le Nostre : les origines de l’Aménagement du territoire (2003), apporte un éclairage sur le contexte qui a vu naître et évoluer Le Nôtre. Ayant hérité de la fonction de jardinier par son père, lui-même jardinier ordinaire des Tuileries, il côtoiera au sein de la Galerie du Louvre les meilleurs artistes et artisans de son temps. Selon l’auteur, les créations de Le Nôtre poseront les bases d’une réflexion sur l’aménagement du territoire. Le recueil de photographies Le Nôtre (2013) nous présente les principales réalisations de cet illustre jardinier, vues sous l’œil du photographe Jean-Baptiste Leroux, avec des textes de Jean-Pierre Babelon.
Contemporain de Le Nôtre, l’horticulteur et maraîcher Jean-Baptiste de la Quintinie (1626-1688) sera chargé de fournir en fruits et légumes la cour de Louis XIV à Versailles. L’article de Louis Bonnaud intitulé Bujaleuf et La Quintinie, jardinier du roi (Bulletin de la société archéologique et historique du Limousin, n°CXXX, 2002) revient sur l’origine d’une variété de poire du Limousin, la Virgoulé, qualifiée comme « l’un des meilleurs fruits du monde » par La Quintinie lui-même. L’auteur démontre, documents d’archives à l’appui, que cette variété serait originaire de la commune de Bujaleuf en Haute-Vienne.
2. Derrière chaque création, une multitude de métiers
La conception des jardins autour des châteaux ou des demeures nobles nécessite de nombreux savoir-faire. L’ouvrage collectif La fabrique du jardin à la Renaissance, dirigé par Lucie Gaugain, Pascal Liévaux et Alain Salamagne (2019), met à l’honneur tous les corps de métier qui interviennent dans la conception et la réalisation des jardins réguliers, depuis les artistes et architectes jusqu’aux terrassiers et hydrauliciens.
Cette diversité de métiers et de compétences se retrouve à travers la description de quelques 200 créateurs de jardins, dans un ouvrage collectif publié en deux tomes sous la direction de Michel Racine : Créateurs de jardins et de paysages en France de la Renaissance au début du XIXème siècle (2001) et Créateurs de jardins et de paysages en France du XIXe siècle au XXIe siècle (2002). L’ouvrage se présente comme une sorte d’encyclopédie organisée de façon chronologique, mettant en relation des créateurs, des courants esthétiques et des contextes sociaux.
3. L’aménagement des jardins d’agrément
Même s’ils gagnent progressivement des domaines plus modestes, les jardins restent encore longtemps un symbole de richesse et de pouvoir. Dans l’ouvrage collectif Maisons de campagne en Bordelais (XVIe–XIXe) (1994), auquel le service du Patrimoine et de l’Inventaire a contribué, on apprend que les jardins d’agrément sont généralement conçus par des architectes et entretenus par des domestiques. Ils participent à l’affirmation du statut social des notables bordelais. Avec le déplacement de la villégiature vers le littoral au début du 20e siècle, la réalisation des jardins est progressivement confiée à des sociétés d’horticulture comme la société Gelos, qui marquera de son style les plus belles propriétés de la côte basque. C’est l’objet d’un mémoire d’Emmanuelle Larramendy intitulé Les jardins de la Côte Basque de 1900 aux années trente (2002).
4. L’émergence des jardins urbains et paysagers : un nouveau défi pour les jardiniers
A partir du 19e siècle, les jardiniers vont commencer à investir l’espace public et contribuer à la transformation des villes. Edouard André (1833-1894) est l’une des figures majeures de ce renouvellement puisqu’il va créer plus de 200 parcs et jardins en France, en Europe et en Amérique du Sud. Le travail universitaire mené par Laura Pagnier sur Le jardin public de Cognac : Edouard André, architecte paysagiste (2002) illustre ce renouveau et annonce les prémices du style composite, qui combine des éléments organisés (allées, axes) avec des éléments plus souples dans les formes et les plantations.
Jean-Claude Nicolas Forestier (1861-1930) prolonge cette évolution en pensant le jardin public comme une partie intégrante de la ville, avec le modèle du « park-system », réseau d’espaces verts reliés entre eux à l’échelle de la ville. Le colloque Jean-Claude Nicolas- Forestier, 1861-1930 : du jardin au paysage urbain, dont les actes ont été publiés sous la direction de Bénédicte Leclerc (1994), a permis de redécouvrir ce jardinier-urbaniste majeur, célébré en Espagne et Amérique latine, mais longtemps oublié en France.
Albert Laprade (1883-1978) poursuit et adapte l'héritage de Forestier en combinant architecture, urbanisme et paysage. L'ouvrage Albert Laprade : architecte, jardinier, urbaniste, dessinateur, serviteur du patrimoine (2007), de Maurice Culot et Anne Lambrichs, retrace le parcours très riche de ce créateur, à Paris et au Maroc, dans les jardins d'exposition comme dans les jardins privés.
5. Les jardiniers d’aujourd’hui : entre expérimentation et écologie
Autrefois symboles de pouvoir, les jardins sont aujourd’hui porteurs de nouveaux messages, liés à l'écologie, au lien social ou à la création artistique. Dans son ouvrage Jardins et paysages d'aujourd'hui (2017), Dominique Gauzin-Muller présente aux lecteurs 40 aménagements paysagers, récompensés par les Victoires du paysage pour leur contribution à l'embellissement de notre quotidien. Créé en 2008, ce concours national distingue chaque année des projets menés par des maîtres d’ouvrage publics ou privés, ayant fait appel à des professionnels du paysage pour réaliser leur projet. L’objectif est de mettre en lumière les différents métiers liés à l’aménagement paysager.
Figure majeure du paysage contemporain, Gilles Clément (né en 1943) redéfinit depuis les années 1970 le rôle du jardinier ; il déploie un art des jardins fondé sur l'observation, la diversité biologique et le rythme naturel de la nature. Son approche est écologique : il ne s’agit plus de dominer la nature mais de l’accompagner et de travailler avec sa dynamique. L'article La vallée secrète de Gilles Clément rédigé par Olivier Nouaillas (Le Festin n°134, 2025) nous présente son jardin privé dans la Creuse, lieu de ressourcement mais aussi d'expérimentations.
Le Centre International d'Art et du Paysage (CIAPV), situé sur l’ile de Vassivière dans le Limousin, promeut lui aussi l'expérimentation basée sur l'observation de la nature. Le lieu accueille tout au long de l'année des artistes en résidence, dont la réflexion s'articule autour du territoire, du paysage et des ressources naturelles. L'article Vassivière, l'art et le paysage rédigé par Lucie Mugnier (Le Festin n°130, 2025) nous présente certaines de ces réalisations artistiques, qui évoluent avec le temps et les saisons. On y retrouve Gilles Clément, avec son œuvre saisonnière « la Prairie fleurie ».
6. L’art brut au jardin, une autre forme d’aménagement paysager
Du côté des jardiniers amateurs, le jardin peut être pensé comme un espace propice à l’exposition artistique. Les jardiniers du quotidien, ou l'art populaire dans le grand sud-Ouest est le catalogue d'une exposition organisée à Toulouse en 1984, portant sur l'Art brut dans les jardins. Les créateurs dont il est question ici sont le plus souvent des retraités, qui disposent enfin du temps nécessaire pour modéliser leur monde imaginaire, sous la forme de figures en ciment, en plâtre ou en matériaux de récupération, qu’ils exposent dans leur jardin.
Gabriel Albert (1904-2000) est l’un d’entre eux : avec ses 400 statues de ciment, son jardin de Nantillé en Charente-Maritime attire chaque année des centaines de visiteurs, curieux de découvrir l'atmosphère particulière de ce site, entre danseuses et personnages populaires des années 80. Yann Oury et Thierry Allard, tous deux chercheurs au service Patrimoine et Inventaire de Nouvelle-Aquitaine, lui ont consacré un ouvrage intitulé Le jardin de Gabriel Albert : l'univers poétique d'un créateur saintongeais (2011), dont la deuxième édition sortira au mois de juin 2026.
Auteure : Fabienne Grosjean
Tous les ouvrages mentionnés dans cet article sont disponibles dans nos trois centres de documentation. N’hésitez pas à venir les consulter sur place ou à nous contacter à l’adresse suivante : inventaire.documentation@nouvelle-aquitaine.fr
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Le Château de Pau, ancré dans ses jardins historiques et face aux Pyrénées, explore depuis toujours le lien entre patrimoine, nature et création. Après avoir présenté les enjeux de conservation et de biodiversité du domaine, puis l’influence des jardins sur la poésie de la Renaissance, le Château accueille l’œuvre de Gilles Clément. Cette exposition propose une découverte des dessins, écrits et peintures de l’artiste, en écho aux paysages pyrénéens et à l’intervention humaine dans la nature.
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Le Jardin de Gabriel, l'univers poétique d'un créateur saintongeais
Gabriel Albert, menuisier de formation, a choisi à sa retraite de laisser libre cours à son instinct de créateur. Sans formation artistique, il s’est pourtant découvert un vrai talent de sculpteur modeleur. Entre 1969 et 1989, il s’est consacré à sa passion pour former un ensemble unique de 420 sculptures en ciment armé. Il les a mises en scène dans son jardin, autour de sa maison et de son atelier (sur la route départementale 129 qui relie Saintes à Aulnay).