Brocas, la chaîne patrimoniale en action
Au cœur de la forêt des Landes, le village de Brocas se situe à la limite sud du Parc Naturel des Landes de Gascogne, au nord de Mont-de-Marsan. L’histoire de ce village est marquée par l’implantation de forges au 19e siècle, qui ont entraîné un important développement économique. Aujourd’hui, la Commune se mobilise avec ses partenaires pour conserver et valoriser les éléments patrimoniaux qui témoignent de cette histoire.
Carnet du patrimoine
Publié le 30 mars 2026
# Landes, Brocas
# Opération d'inventaire : Parc naturel Régional des Landes de Gascogne
# Forge, église
# 19ème siècle
Histoire et patrimoine
À l’origine, une église primitive, possession de l’abbaye de Saint-Sever, a été érigée à Brocas au 11e siècle, près de la rivière l’Estrigon, puis rebâtie un siècle plus tard. Jusqu’au début du 19e siècle, l’église ne semble pas avoir agrégé de bourg important autour d’elle.
Les forges
Dominique Lareillet, maître des forges d’Ychoux et de Pissos, décide alors d’exploiter “la garluche”, roche locale très ferrugineuse, de couleur rouge, pour développer une activité sidérurgique à Brocas. Il achète le Moulin-neuf en 1827 et obtient en 1830 l'autorisation de construire une fonderie au bord de l'Estrigon. En 1832, la première pierre est posée et le 12 juin 1833, le haut-fourneau est mis à feu : c’est le début de l'aventure métallurgique brocassaise.
De nombreux bâtiments sont construits : logements des ouvriers, grange à charbon, atelier de finition... La roue à aubes du moulin, alimentée grâce à un étang de retenue, produit la force hydraulique nécessaire pour actionner le système de soufflerie, les mécanismes du marteau et de fonderie. Les forges de Brocas, qui emploient jusqu’à 300 ouvriers, produisent de la fonte, alliage de fer et de carbone. À partir de cet alliage, on fabrique, à l’aide de moules, les objets du quotidien : plaques de cheminée, chaudrons, pots, marmites, croix...
Pendant une soixantaine d’années, les forges engendrent une économie sous-traitante importante, utilisant les ressources naturelles locales (eau, garluche, charbon de bois). La concurrence des forges de l’Adour, qui bénéficient du train et du port de Bayonne, aura raison du site de Brocas, qui ferme ses portes au début du 20e siècle. Le Moulin-Neuf est reconverti en minoterie, avant de devenir l’actuel Musée des forges.
Le bourg de Brocas
La croissance du bourg de Brocas intervient à partir de la première moitié du 19e siècle lorsque l’activité sidérurgique se développe à Brocas. Ce développement se poursuit au début du 20e siècle avec l’arrivée du chemin de fer en 1905 et la construction d’édifices publics et privés aux programmes architecturaux résolument modernes, à l’image des réalisations, empreintes de références Art déco et régionalistes, menées par l’architecte de Mont-de-Marsan Léonce Léglise.
Celui-ci réaménage l’ancienne halle pour y installer la mairie et la salle des fêtes, ainsi que la maison Bezos située en face. Il construit également, dans une architecture de style balnéaire, la Villa Sans Nom et dresse les plans du pavillon des bains douches qui accueille aujourd’hui les services municipaux.
L’église
Lorsque la voûte de l’église Saint-Jean-Baptiste de Brocas s’effondre en 1928, la reconstruction de l’édifice est confiée à Léonce Léglise. La nouvelle église est un édifice à la fois singulier et novateur puisqu’il s’agit du premier édifice religieux landais construit en béton armé. L’intérieur, dont les parois sont laissées sans enduit, présente des piliers et de grands arcs en béton armé. La façade orientale de l’église, de style Art déco, est surmontée d’un clocher-tour et révèle une mosaïque réalisée par le décorateur bordelais Foscato en 1930.
Un inventaire
Créé en 1970, le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne s’est engagé depuis 2018 dans une opération d’inventaire du patrimoine, en partenariat avec le Service Patrimoine et Inventaire de la Région Nouvelle-Aquitaine. La charte vise à une meilleure connaissance du patrimoine bâti du Parc et a pour ambition de fonder l’attractivité de son territoire sur un patrimoine révélé et préservé.
Dans ce cadre, la commune de Brocas a été l’objet d’un recensement, réalisé en 2020, qui a permis de récolter de nombreuses données sur le terrain, de réaliser une campagne photographique et de consulter les fonds d’archives. L’étude est en cours et permettra d’aboutir prochainement à la mise en ligne de dossiers d’inventaire sur l’ensemble des éléments patrimoniaux de la commune.
Restauration et valorisation
La Commune, consciente de la qualité architecturale et paysagère de son patrimoine, travaille activement à sa valorisation. Le site des forges de Brocas a été protégé au titre des Monuments historiques en 2006 et l’église en 2013. Un vaste programme de restauration a été engagé afin de préserver et valoriser ces édifices si atypiques dans le paysage landais.
La restauration de l’église Saint-Jean-Baptiste
La première tranche de travaux a permis de restaurer les maçonneries de béton par traitement inhibiteur de corrosion et de restaurer le dôme en béton, ainsi que les élévations extérieures de couleur blanche, comme à l’origine. La deuxième tranche a permis de restaurer la façade et la toiture de l’édifice. Ces deux premières tranches de travaux ont bénéficié d’un financement de la Région Nouvelle-Aquitaine à hauteur de près de 140 000 euros.
Les forges
Depuis 1989, le musée des forges transmet la mémoire des lieux et présente l’histoire de la métallurgie dans les Landes. Il abrite une riche collection d’objets fabriqués sur place. La Région Nouvelle-Aquitaine accompagne la mise en valeur du site par un soutien à la médiation du musée des Forges. D’autre part, Brocas a été retenu comme « site phare » de la programmation des Journées européennes du patrimoine en 2023 par le Service Patrimoine et Inventaire de la Région.
Les bâtiments qui subsistent ont été restaurés ces dernières années, avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine. La halle à charbon a bénéficié d’une aide régionale de 104 700 € (sur un budget total d’opération de 523 500 € hors taxes). Ce bâtiment pourra accueillir plusieurs projets qui seront mis en chantier à partir de mars 2026.
L’atelier de finition est appelé à accueillir le musée des forges, actuellement installé à l’étroit dans la minoterie qui surplombe les vannes et le canal de fuite. Les collections sont nombreuses et y seront mieux mises en valeur, les espaces de médiation seront plus confortables en termes d’espace.
L’étang
L’étang de quatre hectares, alimenté par l’Estrigon, est un lieu idéal de loisirs. Cette retenue, qui actionnait la roue à aubes et le soufflet de forges, est constituée d’une digue et d’un système de trois vannes. Ces dernières années, ce système de régulation de l’eau a subi d’importantes dégradations, notamment lors des crues de mai 2020. Des réparations d’urgence ont été menées, mais il a été décidé, pour éviter tout danger, d’abaisser les vannes, provoquant un assèchement temporaire de l’étang. Aujourd’hui les travaux sont entre les mains :
- Du Département des Landes pour la partie technique et la sécurisation de la route départementale
- De la police de l’eau pour la sauvegarde de l’étang situé en Zone Natura 2000.
- De la DRAC, l’ouvrage étant inscrit aux Monuments Historiques, comme le site des forges.
La restauration du canal de fuite qui menaçait ruine a bénéficié d’une aide régionale de 13 000 € pour permettre également la mise aux normes des vannes. Une collecte de dons est ouverte auprès de la Fondation du patrimoine afin d’apporter un soutien financier à la commune pour sauvegarder l’étang et lui éviter un comblement définitif qui serait préjudiciable à la biodiversité de cette zone humide. La réalisation d’outils pédagogiques et différentes actions de valorisation seront menées par les associations locales et le Parc Naturel Région des Landes de Gascogne.
Auteure : Florence Ghioldi
Merci aux contributeurs :
-Philippe Leblanc, architecte du patrimoine, cabinet Architecture et Patrimoine
-Cindy Hourdebaigt, chercheure associée, PNR Landes de Gascogne
-Martine Maisonnave, Présidente de l’association du Musée des Forges de Brocas
-Cassandra Sansoucy, chargée de mission valorisation des patrimoines, Communauté de Communes Cœur Haute-Lande
-Jean-Luc Blanc-Simon, maire de Brocas