Une histoire des jardins illustrée par des ouvrages des centres de documentation
Alors que le service du Patrimoine et de l’Inventaire de la Région Nouvelle-Aquitaine met à l’honneur en 2026 les jardins, les documentalistes de Bordeaux, Limoges et Poitiers proposent plusieurs bibliographies thématiques.
La première bibliographie est également une introduction historique ; l’évolution des jardins au cours des siècles est brossée à grands traits et illustrée par la sélection d’ouvrages.
Carnet du patrimoine
Publié le 16 mars 2026
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Faire l’histoire des jardins nécessite le recours aux textes anciens, aux archives, à l’iconographie car les jardins disparaissent en laissant peu de traces physiques. À partir des années 1980, l’archéologie environnementale vient compléter cette documentation, permettant parfois de reconstituer des jardins anciens.
Depuis le 19e siècle, période où naît l’étude historique des jardins, de nombreux auteurs se sont attachés à retracer cette histoire qui commence durant la haute Antiquité.
Parmi notre sélection, deux ouvrages analysent l’évolution des formes et des symboles de ces espaces à la fois sacrés et symboliques, utilitaires et d’agrément, lieux de promenade et de loisirs de l’Antiquité jusqu’à nos jours : Les jardins des dieux et des hommes, de Louis Hautecoeur (Hachette, 1959), L’invention du jardin occidental, de Matteo et Virgilio Vercelloni (Editions du Rouergue, 2009).
De l’Antiquité à la fin du Moyen Âge
Les historiens des jardins mettent souvent en évidence la permanence des notions qui prévalent de l’Antiquité à la Renaissance.
Les enclos sacrés, les jardins utilitaires ou d’agrément antiques sont connus grâce à des textes, des peintures et mosaïques tant en Egypte qu’en Grèce ou durant l’Empire romain. Le rapport aux dieux, s’il varie au cours des siècles, demeure prégnant.
Au Moyen Âge, les manuscrits monastiques constituent les principales sources de connaissance. Les jardins du monastère ont plusieurs fonctions, tout en conservant une forte symbolique religieuse.
À partir des 12e /13e siècles, les romans courtois évoquent le jardin. Dans les enluminures de la fin du 15e siècle, le jardin est protégé par de hauts murs, une banquette gazonnée surélevée permet de s’asseoir, une fontaine murmure, un gazon fleuri s’offre au regard des promeneurs, des vergers proposent leurs fruits.
Les archives, bien que lacunaires, des fouilles archéologiques renseignent également sur les jardins de châteaux de grands seigneurs comme Robert II d’Artois ou les jardins royaux du Louvre connus depuis le 13e siècle. Ils sont cités dans l’ouvrage de Jean-Pierre Leguay, Terres urbaines. Places, jardins et terres incultes dans la ville au Moyen Âge (Presses Universitaires de Rennes, 2009) ; son étude fait également état des jardins domestiques existant dans les villes dont l’espace non bâti peut avoisiner les 30%.
Les liens entre le château médiéval, le jardin et son environnement sont l’objet des actes [11es] Rencontres d'archéologie et d'histoire en Périgord, les 24, 25 et 26 septembre 2004 (Ausonius ; CAHMC, 2005). Plusieurs exemples européens montrent l’évolution des rapports entre architecture et environnement jusqu’à l’époque moderne.
Du jardin de la Renaissance…
Le jardin et son symbolisme se modifient en profondeur au cours de la Renaissance qui accorde un rôle majeur à l’art des jardins.
Le château et le jardin doivent refléter les formes et les proportions antiques, considérées comme idéales. Souvent conçu par l’architecte, le jardin prolonge le château et obéit aux lois de la perspective nouvellement redécouverte par les peintres, il est composé à partir d’un axe central, s’organise en terrasses, parterres et bosquets, abrite des statues.
Ce processus initié en Italie s’installe progressivement en France à partir de la fin du 15e siècle. Le jardin commence à se rapprocher du château afin de former un projet d’ensemble unitaire et organisé.
Les actes du colloque Architecture, jardin, paysage : l'environnement du château et de la villa aux XVe et XVIe siècles organisé à Tours 1992 (Picard éditeur, 1999), l’ouvrage collectif La Fabrique du jardin à la Renaissance (Presses universitaires de Tours, 2019) éclairent particulièrement cette période charnière de la Renaissance où se met en place une organisation raisonnée du château, du jardin et de l’environnement.
… au jardin « à la française » (ou jardin régulier)
Le jardin entièrement construit, hiérarchisé, connaît son apogée en France au 17e siècle, siècle de Louis XIV et de la monarchie absolue. L’espace est ordonnancé à l’aide de grandes allées reliant le château aux bois qui l’entourent. Les plans d’eau créent les perspectives, les dessins des parterres jouent sur les formes géométriques, les fontaines, les bosquets, les labyrinthes, les statues animent et embellissent le jardin.
Ce jardin mis en scène, théâtre d’une vie de cour, est notamment la construction d’André Le Nôtre (1613-1700), créateur entre autres, des jardins de Vaux-le-Vicomte et de Versailles qui lui confèrent une grande célébrité et sont aujourd’hui encore objets de nombreuses publications.
Le recueil des vues (sans doute idéalisées), plans et cartes du château et de la seigneurie d'Oiron, des baronnies de Moncontour et de Curçay, levé en 1713 à la demande du duc d’Antin, montre cette mise en ordre de l’espace, avec de longues allées arborées rectilignes reliant le château aux bois, villages et domaines l’environnant. Certaines vues sont présentées dans le catalogue de l’exposition organisée au château d’Oiron du 24 octobre 2015 au 24 janvier 2016.
… au jardin à l’anglaise, ou jardin irrégulier
Un nouveau modèle émerge au 18e siècle en Angleterre qui connaît un grand succès. Il puise son inspiration dans les paysages idéalisés des peintres et dans un nouveau rapport à la nature, porté notamment par les savants et les philosophes. Précurseur du jardin à l’anglaise, l’architecte et paysagiste William Kent (1685-1748) est également peintre. En France, ce modèle est notamment importé par François-Joseph Bélanger (1744-1818) qui réalise le parc de Bagatelle à Paris.
Le jardin devient le lieu d’une nature idéale et maîtrisée tout en privilégiant la notion de paysage. Les points de vue se multiplient, des fabriques disposées judicieusement permettent le repos. De nouvelles espèces de plantes issues des voyages des botanistes y sont introduites.
Au cours du siècle, il donne naissance au « jardin sublime », au « jardin indo-chinois » ou au « jardin pittoresque » qui correspondent à diverses sensibilités artistiques. Ces esthétiques sont particulièrement étudiées dans l’imposant ouvrage collectif Histoire des jardins de la Renaissance à nos jours où alternent de courtes synthèses typologiques et de nombreuses monographies de jardins, ou dans l’ouvrage richement illustré de Michel Saudan et Sylvia Saudan-Skyra, De folie en folies (La Bibliothèque des arts, 1987).
Parcs et jardins à l’époque contemporaine
Au cours du 19e siècle, l’industrialisation et le développement des villes génèrent un nouveau rapport à la nature, suscitant un mouvement de création de parcs et jardins urbains, déjà amorcés au 18e siècle par les intendants royaux dans les plans d’embellissement des villes. Les jardins publics de Bordeaux, inauguré en 1756 ou Poitiers, inauguré en 1770, en sont deux exemples.
Lors des grands travaux qui transforment Paris sous Napoléon III, et dans un souci hygiéniste, plusieurs grands parcs publics sont créés ; rochers artificiels, pièces d’eau, temples, statues… se découvrent au fil des allées droites ou sinueuses. Ils accueillent de nouvelles pratiques comme les activités sportives et ludiques, et peuvent abriter des zoos. Chaque arrondissement est également doté de squares.
Ces nouveaux espaces de promenades et loisirs sont décrits en 1911 par Robert Hénard dans l’ouvrage Les Jardins et les squares, (édition H. Laurens).
Les parcs et jardins publics essaiment dans les villes, grandes ou moyennes. Limoges, Périgueux, Cognac en sont quelques exemples en Nouvelle-Aquitaine.
Le choix du jardin à l’anglaise, très fréquent, et le recours à des éléments préfabriqués comme les kiosques, les ponts en faux bois, tendent à les uniformiser. Un nouveau style conçu par le paysagiste Edouard André (1840-1911), le style mixte qui associe le jardin régulier classique et le jardin paysager, séduit tant les propriétaires privés que les villes. Dans les villes de villégiatures comme Pau, jardins privés et publics s’offrent au regard des touristes.
Le jardin se généralise dans les demeures bourgeoises. Sous l’influence du catholicisme social et notamment de l’abbé Lemire (1853-1928) se développent les jardins ouvriers. Le concept de cité-jardin, né en Angleterre, est importé en France au début du 20e siècle, afin d’offrir à la population ouvrière un habitat décent, des espaces verts et des équipements sociaux.
La notion d’espace vert se généralise au 20e siècle et recouvre souvent des réalisations dépourvues de caractère. Dans la seconde moitié du 20e siècle, ils sont investis par de nombreux paysagistes (Bernard Lassus, Gilles Clément, Jacqueline Osty…) qui introduisent à nouveau le paysage dans ces sites pauvrement arborés et engazonnés. La commande publique prend en compte les nouvelles préoccupations écologiques visant à protéger la biodiversité, planter des espèces adaptées au climat... La nature doit être accompagnée, les sens sont sollicités dans des parcours où peuvent être introduits des matériaux contemporains, des formes nouvelles.
Tourisme de jardin et labels
L’engouement pour les jardins ne cesse de croître. Aux côtés des émissions et magazines dédiés au jardinage, la manifestation « Rendez-vous au jardin », organisée par le ministère de la Culture début juin, connaît un grand succès. Le tourisme de jardins ne cesse de se développer, notamment grâce aux labels et nombreux guides.
La création du label « Jardin remarquable » en 2003, au terme d’une opération de pré-inventaire des parcs et jardins remarquables menée entre 1970 et 1998, vient compléter le label Monuments Historiques. Régulièrement renouvelée, cette liste compte 496 sites en 2025, dont 60 en Nouvelle-Aquitaine.
Quelques images de jardins issues de notre photothèque
Pour aller plus loin :
- Bibliographie essentielle d’histoire des jardins et des paysages | Ministère de la Culture
- Liste des jardins remarquables en Nouvelle-Aquitaine | Ministère de la Culture
Auteure : Christine Sarrazin