Le patrimoine de la commune de Nalliers (Vienne)
Située au nord-est du département de la Vienne, la commune de Nalliers est limitrophe de l’Indre.
Carnet du patrimoine
Publié le 25 février 2026
# Vienne, Nalliers
# Opération d'inventaire : Vallée de la Gartempe
# abreuvoir, autel, bac, bénitier, boîte d'ostensoir, burettes, buste, calice, carrière, centrale hydroélectrique, château, ciboire, cimetière, cloche, croix, croix de chemin, croix de cimetière, croix de procession, croix monumentale, cuiller à encens, écart, école primaire, église paroissiale, encensoir, éolienne, ferme, groupe sculpté, gué, lavoir, lunule, machine à agglomérer, mairie, maison, manoir, minoterie, monument aux morts, moulin, moulin à blé, navette à encens, ostensoir, patène, plaque commémorative, plateau à burettes, pont, presbytère, relais de poste, restaurant, rivière aménagée, route, stade, stalle, statue, tabernacle, tableau commémoratif des morts, tombeau, usine, usine de décolletage, usine de traitement de surface des métaux, verrière, village, voie ferrée
# Moyen Âge, Temps moderne, Epoque contemporaine
Toute proche de Saint-Savin, la commune de Nalliers est située entre Saint-Germain au sud et Saint-Pierre-de-Maillé au nord, La Bussière à l’ouest et Mérigny (Indre) à l’est. Elle compte, en 2022, 306 habitants, soit 19 habitants par km². Cette population se répartit entre le bourg, qui se développe sur les deux rives de la Gartempe, les quatre principaux hameaux (les Crouzats, le Bouex, Linier, le Dasa) et les manoirs et les fermes isolées ou regroupées en petits hameaux.
Un paysage de vallons et de brandes
D’une superficie de 1 603 hectares, la commune est irriguée par la Gartempe qui la traverse sur 3,8 km et sépare son bourg en deux parties. Son point le plus bas est à 72 mètres tandis que le plus élevé est à 134 mètres.
Cette implantation de la rivière dans la commune donne une diversité de milieux et de paysages selon la rive gauche et la rive droite et l’éloignement par rapport à la Gartempe. Plusieurs types de sols caractérisent la commune : une majorité de plaines calcaires, des terrasses alluviales et une terre d'argile à silex peu profonde, ressources naturelles. L'importance des terres de brandes apportent une verdure et une végétation foisonnantes aux paysages.
La commune présente des paysages et une faune variés entre plaines vallonnées et/ou boisées et vallons. De nombreux coteaux offrent une vue privilégiée sur la commune et sur la Gartempe.
Aujourd'hui, la majorité des terres est mise en culture (76,8%), alors que les forêts et les milieux semi-naturels (brandes principalement) occupent près de 21 % de la superficie communale.
La carte de Cassini, dressée dans la seconde moitié du 18e siècle, donne une idée du paysage et de la végétation de Nalliers à cette époque, composée de bruyères/landes et de forêts. Au 18e siècle, de nombreux défrichements sont signalés sur le territoire de Nalliers comme dans toute la vallée de la Gartempe. Elles représentent encore 205 ha, soit 9 % de la superficie communale en 1826. À cette date, près de 65 ha (4,15 % du total) sont cultivées en vignes ; elles ont complètement disparu après la crise du phylloxéra qui ravagea les vignes françaises à la fin du 19e siècle.
Les occupations anciennes
Plusieurs sites archéologiques témoignent d’une occupation du territoire communal dès le Néolithique, mais l’occupation n’est continue qu’à partir du 9e siècle.
Situé sur la rive gauche du bourg tout près de la Gartempe, le château médiéval est, avec l’église, l’une des plus anciennes constructions de Nalliers. Un fief est cité vers 900 et un château aurait existé au 11e ou au 12e siècle. De 1355 à 1689 environ, il est la propriété de la famille d'Allemaigne. Au 15e siècle, cette famille donne deux abbés commendataires à l'abbaye de Saint-Savin : Jean, abbé de 1435 à 1478, et Florent, abbé de 1484 à 1510 et évêque de Poitiers. Ce dernier fait construire une chapelle adossée à l'église Saint-Hilaire. Sept manoirs témoignent de l’importance de Nalliers et de son emplacement stratégique entre Poitou et Berry notamment pendant la Guerre de Cent Ans.
L'église paroissiale Saint-Hilaire est citée en 1093 par Pierre II, évêque de Poitiers, parmi les biens de l'abbaye de Saint-Savin sous le vocable ecclesia Sancti Ylarii de Naler. De la première église romane, construite entre la fin du 11e et le 12e siècle, il ne reste que peu d'éléments visibles.
Le bourg de Nalliers se développe à partir du Moyen Âge autour de l'église, sur la rive droite de la Gartempe. Il ne reste pas de traces de ces constructions, en matériaux périssables (bois et terre). Parmi les édifices conservés, les plus anciens peuvent être datés du 15e siècle et le plus grand nombre du 16e et du 17e siècle, comme en témoignent les accolades qui ornent les linteaux des portes et des fenêtres et les nombreuses ouvertures chanfreinées (à bord abattu). Un linteau du manoir de la Caillerie, sur la rive gauche de la Gartempe, porte la date de 1610, tandis que le linteau d'une maison voisine présente un médaillon avec les dates 1613 et 1910, dates supposées de la première construction et d'un remaniement important.
Sous l’Ancien Régime, Nalliers relève sur le plan judiciaire de la sénéchaussée de Montmorillon et sur le plan fiscal et civil de l'élection du Blanc.
Un bourg traversé par la Gartempe
La Gartempe fait partie intégrante du paysage et de la vie de Nalliers. Elle traverse la commune sur 3,8 km ; le bourg s'est construit sur ses deux rives. Le gué, le bac puis le pont permettent de la franchir dans le bourg ; un autre gué se trouvait aux Crouzats et au nord de Nalliers le Gué du Chêne permettait de traverser vers l’actuelle commune de La Bussière sur la rive gauche de la rivière.
Le bac (passage d'eau) est figuré sur la carte de Cassini au 18e siècle. Tenu par un passeur qui effectuait la traversée par bateau, cet aménagement permettait de rejoindre l'autre rive toute l'année et moins dangereusement que par le gué. Le passage d'eau de Nalliers est mentionné dans la liste des bacs du département de la Vienne du 17 thermidor an XII (5 août 1805). À partir de cette date, l’État organise les traversées des rivières, fournit une partie du matériel, met aux enchères le droit de passage contre une redevance annuelle et fixe les tarifs. Un nouveau bateau, dessiné par l’ingénieur ordinaire des Ponts-et-Chaussées Antoine Marie Favre-Rollin et financé par la commune de Nalliers, est commandé en 1837 à Pierre Jouteau, charpentier à Chauvigny, mesure 8,90 m de long. Il doit être manœuvré par deux mariniers et peut transporter 50 personnes ou 4 chevaux ou bœufs. Les rampes d’abordage sont empierrées en 1859 pour permettre l’installation d’une traille qui doit faciliter sa manœuvre.
Né du besoin de traverser plus facilement la Gartempe en reliant les deux parties du bourg, le pont est construit tardivement, en 1880-1882. Il remplace le bac et est mis en service en 1882. Ce pont a été partiellement détruit par les FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français) le 2 septembre 1944 pour empêcher la traversée de la Gartempe par les troupes allemandes. Il est aujourd’hui à tablier métallique et repose sur deux piles maçonnées implantées dans le lit de la Gartempe.
Comme le bac, le moulin est figuré sur la carte de Cassini. Sur le plan cadastral de 1826, le bâtiment d'eau est figuré dans le cours de la rivière, avec quatre roues. D'importants travaux sont réalisés dans les années 1850-1860 par Auguste Frichon, puis par sa fille Églantine. Ce moulin à blé est reconstruit et aménagé en minoterie en 1895 pour Louis-Alély Noiron. L'usine est rachetée en 1931 par Henri Pineau qui transforme la minoterie en usine hydroélectrique avec la construction d'un bâtiment d'eau, la réparation du barrage et la création d'une dérivation. En 1946 sont annexées une usine de décolletage (en retirant de la matière sur des pièces de métal, elle produit des petits éléments comme des vis et des écrous) et une usine de chromage (servant à un traitement de surface) qui ferment en 1987, et dont ne subsistent actuellement que les bâtiments de l'usine de décolletage et le logement du gardien. Entre 1965 et 1975, deux plus petites turbines sont ajoutées dans l'usine hydroélectrique qui est toujours en fonctionnement.
Le développement de la commune aux 19e et 20e siècles
La commune est créée en 1793 sous le nom de Naillé ; elle est d'abord rattachée à l'éphémère canton d'Angles-sur-l'Anglin, puis à sa suppression le 17 novembre 1801, au canton de Saint-Savin. La commune connaît à cette époque de nouveaux aménagements. Des croix de chemin sont installées à des intersections et à proximité des habitations, comme celle des Crouzats qui porte la date de sa mise en place « 1808 ». En 1817, le cimetière est déplacé à l'extérieur du bourg.
La mairie, encadrée de deux salles de classe, est construite en 1884 dans le bourg, au sud de l'église et du presbytère, sur la rive droite de la Gartempe. En 1885, la commune compte 567 habitants, dont 90 enfants d'âge scolaire. Un premier projet d’agrandissement sur le même site est dressé par l'architecte de Roger Boisard en 1930, mais il ne peut pas être réalisé. Le même architecte dresse de nouveaux plans pour une nouvelle école en 1950. Un terrain est acquis à l'entrée sud du bourg, rive droite de la Gartempe, en 1951. Ce projet est abandonné. L’école est finalement construite par l'entreprise Netter, sur les plans des architectes Alfred Douvin et Jean-Louis Léonard, et inaugurée en 1956.
Des landes sont défrichées et mises en culture ou en prairies d'élevage au 18e siècle et au 19e siècle Ces pratiques voient naître la construction de nombreux édifices agricoles. La plupart des fermes ont été agrandies, modifiées pour s'adapter au progrès agricole et aux convenances des propriétaires. Ainsi, le logement d’une ferme à Beauvais porte la date « 1826 », alors que celui d'une ferme à la Violetterie porte l'inscription « fait par Louis Mancer, 1838 ». Un discret lit de pierres plates ou larmier protège certains linteaux de bois de portes charretières de granges. Quelques fours à pain ont pu être observés. Les hameaux du Bouex et de la Violletterie conservent des fosses-abreuvoirs collectifs.
Plusieurs maisons et fermes sont édifiées ou remaniées à la fin du 19e siècle comme l'indiquent une pierre à l'entrée d'une ancienne écurie à la Violetterie portant la date « 1897 », ou le linteau d'une grange et une pierre du chaînage d'angle d'une maison dans la rue du Moulin, rive gauche de la Gartempe, portant toutes deux la date « 1896 ».
En 1895, d'après l'Annuaire de l'arrondissement de Montmorillon, la commune de Nalliers compte un instituteur, une institutrice, un secrétaire de mairie, un garde-champêtre, un curé, trois aubergistes, un marchand de tabacs, un marchand de vin, quatre épiciers-merciers, un charron, deux forgerons, un maréchal-ferrant, deux taillandiers, un carrier, trois charpentiers, un rouennier (marchand de toile de coton peinte, que l'on fabriquait surtout à Rouen), deux sabotiers, deux distillateurs, un minotier, un marchand de graines et huit jardiniers (= maraîchers).
Grâce au limon déposé par les crues de la Gartempe, la commune est propice au maraîchage. Les pépinières Teillet père et fils investissent ces terrasses alluviales de 1860 à 1960. En 1924, la commune compte au moins treize maraîchers, pour lesquels plusieurs maisons de même modèle sont construites sur la rive droite de la Gartempe. Les terrains à l'arrière des maisons, sur la zone inondable de la rivière, servent au maraîchage, activité qui participe au commerce avec les communes voisines.
À partir des années 1911, plusieurs maçons sont actifs à Nalliers. Dans les années 1910-1920, Georges Robin édifie des maisons en pierre de taille, puis en 1945, un autre maçon du même nom et peut-être de la même famille, Fernand Robin, est actif à Nalliers et construit plusieurs maisons avec des parpaings pleins qu'il produit lui-même. Plusieurs maisons, rue des Écoles, jointives à l'ancienne carrière, ont été construites par ce maçon après la Seconde Guerre mondiale.
Les éditions Rossignol
En janvier 1946, un couple d'instituteurs, André et Madeleine Rossignol, créent à Nalliers un matériel pédagogique nouveau : les Éditions Rossignol, publiées sous le label « La coopération pédagogique ». Ces publications sont autant d'outils à destination des élèves et des maîtres ; elles sont constituées notamment d'une importante collections d'images, de revues, de cartes touchant à tous les domaines (l'histoire, la vie quotidienne, l'orthographe, les sciences...). De nombreuses planches aux sujets variés ont ainsi été publiées. Hautes en couleurs et riches de détails, elles étaient faites pour que les enfants les commentent et expliquent les différentes situations, leur apprenant de manière ludique à décrire et à employer un vocabulaire précis.
En 1948 apparaissent dans la commune des tensions suite à la volonté du conseil municipal d'aménager une classe enfantine (maternelle), en attendant la construction d'un groupe scolaire neuf, dans deux pièces que l'instituteur et sa famille occupent, notamment pour l'imprimerie. Des conflits apparaissent entre le couple d'instituteurs et les parents d'élèves. Consacrant beaucoup de temps à cette activité de libraire, une plainte est déposée contre les enseignants par les parents d'élèves et le conseil municipal. L'inspecteur d'académie, en accord avec l'inspecteur primaire, écrit au préfet que « les motifs invoqués dans la pétition des familles ne reposent pas sur des fondements sérieux » et que « seule l'activité commerciale signalée était conforme aux faits » et que cette dernière a cessé. La famille Rossignol quitte Nalliers et installe son commerce à Montmorillon en 1953. C'est ainsi que l'on trouve sur la production des éditions Rossignol, tantôt Nalliers, tantôt Montmorillon comme lieu de publication. L’album ci-dessous montre quelques exemples produits à Nalliers et conservés dans la mairie.
Auteures : Véronique Dujardin avec la contribution d’Alice Gautier
Ressources documentaires
Dossiers d'inventaire
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Présentation de la commune de Nalliers
DossierDossier d'aire d'étude
Les origines de la communeDes traces archéologiquesLes traces d'implantations les plus anciennes sur le territoire de Nalliers dateraient du Néolithique. Des découvertes de haches polies en silex et en roches vertes (chloromélanite) ont été signalées près du village de Rouets (aujourd'hui détruit) dès la fin du 19e siècle ...
Présentation de la commune de Nalliers
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Titre : Présentation de la commune de Nalliers
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Localisation : Vienne , Nalliers , $result.adressePrincipale
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Date d'enquête : 2016
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Auteur du dossier : Dujardin Véronique , Gautier Alice
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Copyright : (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel
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Maisons, fermes : l'habitat à Nalliers
DossierDossier collectif
Avant la RévolutionLe bourg de Nalliers se développe à partir du Moyen Âge autour de l'église, sur la rive droite de la Gartempe. Il ne reste pas de traces de ces constructions, en matériaux périssables (bois et terre) ...
Maisons, fermes : l'habitat à Nalliers
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Titre : Maisons, fermes : l'habitat à Nalliers
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Période : Moyen Age, Temps modernes, Epoque contemporaine
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Localisation : Vienne , Nalliers , $result.adressePrincipale
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Date d'enquête : 1974
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Auteur du dossier : Joergensen Bent , Dujardin Véronique , Gautier Alice
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Copyright : (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel
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Album photo
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Nalliers
Cet album vous propose de découvrir en images l'histoire, les paysages et l'architecture de la commune de Nalliers (Vienne), établie sur les deux rives de la Gartempe.
Bibliographie
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Dictionnaire topographique du département de la Vienne
BibliothèqueType de référence : Monographie
Éditeur(s) : Ed. Jean-Marie Williamson (S.l.)
Date de publication : 19
Voir la notice
- Archives départementales de la Vienne, notamment 2 O 210 ; 601 W 545 ; 4 P 2735-2740, 4268-4271, 5112-5116 ; 1 H 7/7 et 7/24 ; 2 Q 130 ; 3 S 35, 62, 64-66, 70 ; 5 S 113, 119 ; 7 S 46 ; 9 T 92
- Bulle, Laurence ; Rossignol, Philippe. À l'école de Rossignol. L'intégrale des cartes de notre enfance. Éditions Métive, 2017, 576 p.