Libourne : retour sur le 3ᵉ Atelier Mémoire, première restitution
Libourne se raconte : mémoristes, témoins, artiste sonore, chercheur de l’inventaire, donnent vie à la mémoire de la ville à travers récits, souvenirs et podcasts.
Actualité
Publié le 15 décembre 2025
# Droits culturels, Convention de Faro
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Dans le cadre de l’inventaire partagé du patrimoine de Libourne, les premiers ateliers consacrés à la découverte du patrimoine et à la présentation de la démarche d’inventaire ont fait ressortir un thème fort et fédérateur : la mémoire collective de la ville, à la croisée du patrimoine immatériel et des expériences vécues. Ce chantier citoyen s’est inscrit naturellement dans l’esprit de la Convention de Faro, en rappelant le droit de chacun à participer à la construction et à la transmission du patrimoine culturel.
Pendant plusieurs mois, une quarantaine d’habitantes et d’habitants de Libourne ont participé activement à l’atelier mémoire. Leur engagement s’est appuyé sur une démarche collaborative, respectueuse des droits culturels de chacun. Ensemble, ils ont défini les sujets à explorer, choisi les personnes à rencontrer et mis en place une méthode de collecte fondée sur l’écoute, le consentement éclairé et la prise en compte de la diversité des récits. Ils ont également exploré les liens entre cette mémoire et les enjeux contemporains tels que l’environnement, l’évolution urbaine, les migrations ou les usages actuels des espaces de la ville.
C’est dans cette dynamique collective que s’est tenu le troisième atelier mémoire, le samedi 22 novembre 2025 à l’Espace Jeunes de Libourne. Les témoins et les mémoristes [1], engagés dans la collecte de récits et de souvenirs auprès des habitants, ont pu écouter plusieurs extraits sonores issus de la collecte et découvrir en avant-première le pilote de la série de podcasts La Fozera [2].
Ils étaient accompagnés de :
- Benjamin Charles, artiste sonore et réalisateur de la série de podcasts LA FOZERA, chargé de la mise en valeur de ces récoltes de parole ;
- Tom-Loup Roux, chargé de mission « Inventaire du patrimoine » à la Ville de Libourne, qui coordonne l’ensemble de la démarche et en assure l’expertise scientifique ;
- Anne-Lise Nonin, Directrice adjointe du projet urbain de la Ville de Libourne qui suit et facilite le projet depuis ses débuts ;
- Fabienne Manguy, du service Patrimoine et Inventaire de la Région Nouvelle-Aquitaine qui accompagne cette initiative régionale.
Lancé à la fin de l’année 2025, ce projet s’inscrit en complémentarité directe de l’étude d’inventaire du patrimoine. Il vise par la parole des habitants à enrichir la connaissance du territoire, en documentant des lieux, des objets, mais aussi des histoires parfois méconnues, telle celle des migrants corréziens venus pour le négoce du vin.
Cette démarche permet aussi de plonger dans les pratiques professionnelles anciennes, comme la pêche traditionnelle, et dans tout ce qui gravite autour du port et de la vie fluviale. Elle éclaire également les activités culturelles et de loisirs, à l’image du club d’aviron fondé en 1876, qui a formé de nombreux rameurs de niveau national et international.
En donnant la parole à celles et ceux qui ont vécu, travaillé ou simplement traversé ces lieux, le projet offre ainsi une approche sensible et humaine de l’histoire libournaise. Il ouvre de nouvelles perspectives pour appréhender les espaces de la ville, leurs usages et leur évolution.
Cette journée a été l’occasion de découvrir plusieurs extraits sonores de la collecte :
- Christine et son attachement à la mémoire de la ville ;
- Eric évoquant la pratique de la pêche ;
- Jean-Michel et Ludovic pour l’histoire du club d’aviron ;
- Annie retraçant le parcours du Lour, cours d’eau qui traverse la ville ;
- Liliane, issue d’une lignée de bottiers (magasin de chaussures Tabel, puis Itey), partageant ses archives familiales ;
- Jean racontant le Bouchon libournais, pâtisserie locale ;
- et enfin Roger, originaire d’Argentat en Corrèze, témoignant de son expérience dans le négoce du vin.
Chaque écoute a suscité de nouveaux échanges, prolongeant les récits et montrant combien les petites et les grandes histoires contribuent à une meilleure compréhension de l’histoire de la ville et de son présent. Ces moments d’échanges spontanés ont permis de faire émerger d’autres souvenirs, de préciser certains détails, ou encore de confronter différents points de vue, montrant ainsi que la mémoire de Libourne est multiple, vivante et toujours en construction.
Pour poursuivre la rencontre, Benjamin Charles a dévoilé en avant-première le premier podcast du projet, consacré à la démarche de collecte menée aux côtés des habitants-mémoristes. Cette diffusion inaugurale a permis de donner un aperçu concret de la manière dont les témoignages bruts sont transformés en créations sonores sensibles, accessibles au plus grand nombre. Elle marque une étape importante dans la valorisation du travail accompli, et ouvre la voie à une série de productions qui offriront au public une immersion dans la mémoire vivante de Libourne et des contributeurs actifs qui ont accepté de partager leur histoire.
Dans la continuité de cette rencontre, chaque participant au projet avait apporté un plat évoquant Libourne à sa manière, qu’il s’agisse d’une recette familiale, d’un produit local ou d’une gourmandise associée à un souvenir. La Ville de Libourne a complété ce repas en offrant le dessert, réalisé par Jean Lopez, pâtissier libournais, dont l’entreprise contribue à faire perdurer la mémoire gastronomique de la ville.
En somme, l’atelier Mémoire du 22 novembre à Libourne a été bien plus qu’une simple rencontre. L’ambiance enthousiaste et chaleureuse de ce moment, prolongée par un repas partagé, a renforcé les liens entre les participants et rappelé que l’Inventaire du patrimoine ne se nourrit pas seulement des apports scientifiques, mais aussi des pratiques, des usages et des relations humaines qui animent les lieux d’histoire.
Cette aventure collective ne s’achève pas avec l’atelier : elle se poursuit grâce à la création de LA FOZERA, une série de podcasts, dont la diffusion prévue en 2026 permettra de prolonger l’engagement des habitants.
Auteure : Fabienne Manguy
[1] : Mémoristes : terme choisi par les membres de l’atelier mémoire pour se nommer collectivement et affirmer leur place active dans la démarche. Les mémoristes sont des habitants qui s’impliquent dans la collecte, la transmission et la valorisation des récits liés à la mémoire de Libourne.
[2] : La Fozera : Dans son étude intitulée Fozera sive Libornia, publiée entre 1943 et 1949, Jean Ducasse s’intéresse à l’origine et à l’appellation de Libourne. Il y explique que le toponyme « Fozera » désignerait « le terrain bas au bord de l'eau, la fosse”. La bastide de Libourne, établie entre 1268 et 1270, se serait par la suite, toujours d’après Jena Ducasse, unie au village ancien de Fozera, après 1286.
En savoir plus
- Les ateliers mémoire de Libourne : 1er atelier et 2ème atelier
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- Inventaire partagé du patrimoine à Libourne : atelier N°2
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