Église abbatiale de l'abbaye de bénédictins Saint-Savin, Saint-Cyprien

France > Nouvelle-Aquitaine > Vienne > Saint-Savin

L'abbaye de Saint-Savin a été fondée au début du 9e siècle sur le site de la découverte des sépultures de deux saints martyrs chrétiens, Savin et Cyprien, morts au 5e siècle. La construction de l'actuelle église abbatiale date de la seconde moitié du 11e siècle (1040-1090).

Endommagée pendant la guerre de Cent Ans, elle est restaurée aux 14e (flèche en pierre du clocher notamment) et 15e siècles.

Au 15e siècle, la famille d'Allemagne, seigneurs notamment à Nalliers, donne deux abbés commendataires à l'abbaye de Saint-Savin, Jean (1435-1478), dont l'épitaphe est toujours apposée sur un mur de l'église, et Florent, abbé de 1484 à 1510 et évêque de Poitiers. Les armoiries de la famille d'Allemagne, d'or à trois fasces de gueule, se devinent dans l'église sur la console droite d'une niche contenant une peinture murale de Vierge à l'Enfant au revers (vers la nef) du mur est du clocher-porche.

Au 16e siècle, l'abbatiale échappe de peu à la destruction (incendie en 1569).

L'installation de la congrégation de Saint-Maur en 1640 permet à l'abbaye de connaître un renouveau.

En 1651, des lettres royaux ordonnent aux religieux d'inhumer dans l'église de l'abbaye Gaspard Freviller, colonel des gardes suisses. Le roi accorde sa sauvegarde à l'abbaye.

Entre 1663 et 1679, des marchés sont conclus pour la menuiserie et les sculptures du chœur et des autels, la dorure du tabernacle, la fonte des cloches, la sculpture d'un crucifix en pierre de trois pieds de haut, la confection d'ornements pour la sacristie, la pose d'un mouvement complet à l'horloge du monastère pour lui faire sonner les demies et les quarts d'heures (Archives départementales de la Vienne, 1 H 7/3). D'après Pierre Rambaud (1920, p. 96), " le 5 décembre 1663, [Charles Sauvage, maître sculpteur à Poitiers] passe marché pour sculpter le chœur et l'autel de l'église de l'abbaye de Saint-Savin, et, le 15 mai 1664, pour faire un crucifix en pierre ". Le clocher est restauré et la cloche en façade de l'église porte la date de 1666.

La crypte Saint-Marin, avec des reliques du saint, est découverte vers 1669-1670 à l'occasion de travaux.

Le bâtiment conventuel actuel est construit à partir de 1682 d'après les plans de François Leduc dit Toscane (voir plus de détails dans ce dossier).

L'église Saint-Savin fait l'objet de travaux au milieu du 18e siècle : un autel-tombeau dont il ne subsiste qu'un dessin est construit en 1754 et une cloche est fondue en 1759.

Le monastère est fermé à la Révolution, en 1792, et l'ancienne église abbatiale devient paroissiale sous le nom de Notre-Dame, qu'elle prend à l'ancienne église paroissiale qui menaçait déjà ruine au milieu du 18e siècle (1747, visite épiscopale de Jérôme-Louis de Foudras de Courcenay).

Le 9 janvier 1792, la paroisse regroupe les deux paroisses supprimées de Saint-Vincent de Mont-Saint-Savin et de Saint-Germain.

En 1801, l'église est en très mauvais état. Le 21 messidor an XIII (10 juillet 1805), le préfet met, par arrêté, l'église et la sacristie à disposition de l'évêque de Poitiers. Le sous-préfet de Montmorillon constate que l'église a besoin de travaux, le dallage a été arraché, la chaire a été détruite. En 1806, alors que le maire de Saint-Savin veut financer la restauration de l'abbaye par la vente des trois églises de Saint-Germain, Saint-Vincent de Mont-Saint-Savin et Notre-Dame à Saint-Savin et leurs cimetières, le procès-verbal d'estimation des églises et des travaux note en plus que le " foudroiement de la flèche " a entraîné des dommages sur la charpente. Les travaux sont estimés à 7000 francs répartis entre les réparation de la charpente et de la couverture (2400 francs), du vitrage (2400 francs), du pavé (800 francs), de la menuiserie (800 francs) et de la flèche (1000 francs).

Les travaux ne semblent pas avoir été réalisés, puisqu'une visite épiscopale montre en 1817 que l'église a un besoin urgent de travaux et de mobilier religieux (le pavé n'est toujours pas remis, il n'y a toujours pas de chaire, voir annexe 1). L'architecte poitevin Pierre-Jean Couteault établit un devis et un cahier des charges des travaux à réaliser le 5 novembre 1817. Dans son historique de l'édifice, il note que le clocher a été foudroyé cinq fois entre 1770 et 1815 et que les piliers du chœur, notamment le sixième, sont dégradés mais ne peuvent pas être repris en sous-oeuvre sans risquer un affaissement de l'ensemble. Il prévoit également que " toute l'église sera badigeonnée en couleur " (soit 10000 m2). Ces travaux sont partiellement réalisés par Rougeaud, entrepreneur, qui reçoit 206,90 francs en 1818.

L'architecte poitevin Pierre-Jean Couteault établit un nouveau devis et un nouveau cahier des charges des travaux à réaliser le 30 août 1820. Il note que " la flèche qui est une pyramide à huit pans avait été en partie détruite par la foudre [et] vient d'être restaurée " mais que " l'état de dégradation où se trouvent les principaux piliers de la nef doivent nécessairement faire présager la ruine totale et prochaine de cette église si on ne se hâte pas d'y faire les réparations nécessaire " ; 577,62 francs figurent au budget pour la réparation de la flèche en 1822.

Par ordonnance royale du 13 février 1822, la commune est autorisée à vendre l'ancien presbytère, le prix de la vente (2425 francs) doit permettre de payer les réparations à faire pour établir un nouveau presbytère dans les anciens bâtiments des bénédictins. Le produit de la vente est finalement utilisé en priorité pour réparer l'église (1800 francs, travaux urgents), le surplus servant aux réparations pour établir le presbytère dans les anciens bâtiments conventuels.

Les comptes de la commune montrent qu'il y a bien un budget annuel de travaux et parfois la commande de mobilier (voir la présentation des objets mobiliers). Le 21 janvier 1826, le maire écrit au préfet et au ministre de l'intérieur et des cultes que la commune a déjà engagé plus de 9000 francs de dépenses pour le rétablissement de la flèche et de la couverture de l'église et qu'elle n'a pas les moyens d'augmenter encore les impôts pour financer de nouveaux travaux. Cependant, le 2 mars 1826, le curé Aubin fait à son tour remarquer à l'évêque que l'église menace toujours ruine en plusieurs endroits. La commune, qui a déjà fait bucher les chapiteaux du clocher-porche pour installer un échafaudage afin de réparer des lézardes, s'apprête à faire badigeonner la voûte de la nef. En 1830, l'architecte du département fait savoir à la commune que les travaux vont se poursuivre à l'exception du pavé et du badigeon, qui sont ajournés. Le préfet, Alexis de Jussieu, visite l'église et fait arrêter les travaux, et saisit par lettre du 7 novembre 1833 Ludovic Vitet, nouvellement nommé inspecteur général des monument historiques.

Prosper Mérimée, qui a succédé à Ludovic Vitet en mai 1834, se rend pour la première fois sur le site en 1835 puis une deuxième fois en 1838. Il fait inscrire l'église sur la première liste des monuments historiques en 1840. Au cours de son troisième voyage à Saint-Savin, Prosper Mérimée convainc Dulin, architecte du département, de confier les travaux à un restaurateur de confiance.

De 1841 à 1856, des travaux de restauration sont menés par l'architecte Charles Joly-Leterme dans l'église et sur les peintures murales. En 1842, la commune souhaite acquérir de la fabrique deux petites maisons adossées au clocher (E 250 et 251 du plan cadastral de 1825) ; l'opération est autorisée par ordonnance royale du 30 septembre 1843, et les bâtiments sont démolis.

En 1866, l'abbé Lebrun signale à Mgr Pie, évêque de Poitiers, ses découvertes dans la crypte Saint-Marin dont il entreprend la restauration. Il force le passage de Mme de Saint-Georges, née de Liniers, propriétaire du terrain donnant accès à l'extérieur de la crypte et qui avait donné l'un de ses biens pour l'école privée de jeunes filles en 1844, y envoie des ouvriers contre l'avis de la propriétaire et de l'architecte des monuments historiques. Le curé exige un droit de passage de plusieurs mètres de large de libre circulation autour de l'édifice (" chemin de ronde "). Il argue du concordat de 1801 et des dispositions prises en 1809 lors de la cession des jardins de l'abbaye, alors que Mme de Liniers revendique la légitime propriété de son jardin, le curé fait pression sur elle aussi bien au plan de la propriété qu'au plan spirituel en tentant d'obtenir l'appui de l'évêque, en vain puisqu'il s'en plaint encore dans une lettre datée du 29 septembre 1890. Le 8 mars 1869, l'évêque de Poitiers, Louis Edouard Pie, inaugure la restauration de la crypte Saint-Marin " réalisée par l'abbé Lebrun ".

En avril 1869, le conseil de fabrique fait savoir que les vitraux menacent ruine et qu'il faut entièrement les reconstruire et demande à l'Empereur une première allocation de 2000 francs. En juin 1869, le ministère de la justice et des cultes fait savoir au préfet qu'il n'est pas possible de financer la construction de nouveaux vitraux, les crédits ne pouvant servir, selon la loi de finance, que pour les acquisitions, constructions et grosses réparations des églises et des presbytères.

Parallèlement à ces restaurations, et souvent en conflit avec l'inspecteur des monuments historiques, l'abbé Lebrun entreprend de renouveler le mobilier de l'église : commande de 12 verrières figurées entre 1865 et 1872, réaménagement des autels des différentes chapelles (découverte d'un vase aujourd'hui conservé au musée Sainte-Croix à Poitiers. En 1874 et à nouveau en 1876, l'abbé Lebrun demande à l'évêque de régler la question de la dernière famille à posséder une chapelle dans l'église de Saint-Savin pour qu'il puisse y établir enfin la dernière statue qu'il a commandée. Les nouveaux autels sont consacrés le 2 avril 1876. L'installation des deux premières stations d'un chemin de croix monumental de 6 pieds de haut, interrompue en 1879. La 3e est payée par M. de Montplanet en 1880 mais ne semble pas avoir été mise en place. Il avait construit ce chemin de croix sans demander d'autorisation aux monuments historiques et en même temps " corriger quelques-unes de leurs erreurs archéologiques ".

L'abbé Lebrun estime que les travaux de l'architecte des monuments historiques ne sont pas corrects, dénigre les travaux de Mérimée qui a pourtant sauvé l'abbaye de la démolition. De son côté, Prosper Mérimée et l'architecte des monuments historiques lui reprochent des travaux sans autorisation de l'administration des monuments historiques, de déplacer sans autorisation des échafaudages.

En 1873, l'architecte diocésain Jean-Camille Formigé succède à Charles Joly-Leterme. Il dirige la reconstruction du clocher de la croisée du transept avec une flèche entre 1878 et 1887 (Charles Lebon, entrepreneur de maçonnerie à Saint-Savin, Joseph Gendre, charpentier à Saint-Savin de 1878 à 1884 puis Antoine Montant entrepreneur de travaux publics à Poitiers pour un complément de travaux en 1885-1887). Les relations entre le curé et l'architecte restent tendus en raison de points de vue divergent entre l'usage du lieu de culte et une restauration plus fidèle à l'archéologie.

Le 19 mars 1882, Jacques-Edmé-Henri-Philadelphe Bellot des Minières, évêque de Poitiers, effectue une visite pastorale.

En 1887, pour l'abbé Lebrun, les travaux de restauration sont achevés et ont coûté 153223,60 francs depuis 1877. La flèche a été surhaussée de quelques mètres.

De nouvelles réparations du clocher de l'église sont réalisés en 1887-1889. La dépense de 1181,76 francs (devis de Pinot, agent-voyer) est non prévue au budget et la commune n'a plus aucun moyen de les financer en raison des emprunts liés aux gros travaux récents (construction de l'école de garçons et dans une moindre mesure de l'école de filles). C. Formigé n'a pas été consulté préalablement aux travaux, le ministère des beaux-arts accepte un secours exceptionnel de 921,76 francs en 1889 " à la condition expresse qu'elles [les réparations urgentes] seront limitées à la réfection de la couverture en ardoises sur le clocher central et au remplacement des tuiles brisées et gelées ", le conseil général accorde de son côté 200 francs.

L'architecte en chef Henri Deverin établit un devis de restauration de plus de 35000 francs en 1901.

En 1909, le conseil général de la Vienne fait installer par C. Joyeux, électricien à Poitiers, quatre postes dits " Niagara électrique ", composés de rubans conducteurs, pour lutter contre la grêle et la foudre. L'un d'entre eux est mis en place sur la face nord-est de la flèche de l'église et relié à la Gartempe.

La seconde grande campagne de restauration des peintures murales débute en 1969 par dépose de plusieurs peintures murales. Des travaux sont toujours en cours (2015).

Le bâtiment conventuel oriental est occupé par la gendarmerie de 1808 à 1971. Il est classé parmi les monuments historiques en 1974. Les bâtiments ont été restaurés entre 1977 et 1997 pour accueillir le Centre international d'art mural (CIAM). L'abbaye abrite aujourd'hui un centre d'interprétation des peintures murales.

Le logis sud a notamment été occupé au 19e siècle par Léon Édoux, qui inventa le premier monte-fardeau hydraulique et équipa la tour Eiffel d'ascenseurs.

Les peintures murales sont inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco en 1983.

L'ancienne sacristie, adossée au sud de l'église, dans l'ancien cloître, est démolie en 1994-1995 et déplacée dans un bâtiment adossé au nord de l'édifice.

Périodes

Principale : 9e siècle (incertitude)

Principale : 4e quart 11e siècle

Principale : 14e siècle

Principale : 4e quart 17e siècle

Auteurs Auteur : Leduc François, architecte
Personnalite : Mérimée Prosper, personnage célèbre (attribution par source)
Personnalite : Édoux Léon

Ingénieur formé à l'école Centrale, originaire de Saint-Savin. Il a conçu un système d'ascenseur hydraulique (brevet déposé en 1864) ; un premier exemplaire a été présenté à l'Exposition universelle de 1867 et un modèle plus perfectionné est installé dans la tour Eiffel pour l'exposition universelle de 1889 (en service jusqu'en 1983, entre le 2e et le 3e étage). Léon Edoux a notamment dessiné un projet (non réalisé) de passerelle à Poitiers sur la vallée de la Boivre au niveau de la gare avec un ascenseur vers le plateau. Il conçoit également des systèmes de pompage sur des moulins, des rideaux de fer de théâtre à manœuvre hydro-électrique, des systèmes amovibles pour des piscines. Ses découvertes sont publiées principalement dans Le Génie civil : revue générale des industries françaises et étrangères et dans les Nouvelles annales de la construction (consultables sur Gallica). Officier de la Légion d'honneur.

, habitant célèbre (attribution par source)
Auteur : Joly-Leterme Charles, architecte des Monuments historiques (attribution par source)
Auteur : Formigé Jean Camille

Architecte né au Bouscat (Gironde) en 1845, et mort à Montfermeil (Seine-Saint-Denis) en 1926. Études à l'École impériale des beaux-arts de Paris (atelier Laisné). Attaché (1871) puis membre (1887) de la Commission des monuments historiques.

, architecte diocésain (attribution par source)
Auteur : Deverin Henri

Architecte en chef des monuments historiques.

, architecte des Monuments historiques (attribution par source)
Auteur : Couteault Pierre-Jean

Architecte né à Poitiers en 1801. Admis à l'École des beaux-arts en 1827, élève de Victor Baltard (Delaire, 131).

, architecte (attribution par source)

L'église abbatiale est construite au nord des bâtiments conventuels. Elle domine la Gartempe à l'est et ferme la place de la Libération au nord-ouest.

Pour plus de précisions, voir notamment :

Favreau, Robert ; Jeanneau, François ; Riou, Yves-Jean. Saint-Savin. L'abbaye et ses peintures murales. Poitiers : CPPPC, 1999.

Debiais, Frédéric. Ces messieurs de Saint-Savin, l'abbaye royale de Saint-Savin de 1769 à 1790. Chauvigny : Association des publications chauvinoises, 2007.

Bibliographie raisonnée en fin de dossier.

Les illustrations de ce dossier constituent une sélection. D'autres photographies, avant et après restauration, des vues de détails des peintures murales et de la sculpture, sont disponibles sur consultation au centre de documentation du patrimoine de la Région Poitou-Charentes.

Murs
  1. Matériau du gros oeuvre : calcaire

    Mise en oeuvre : pierre de taille

  2. Matériau du gros oeuvre : calcaire

    Mise en oeuvre : moellon

    Revêtement : enduit partiel

Toits
  1. tuile plate, pierre en couverture
Plans

plan en croix latine

Étages

3 vaisseaux, étage de comble, 1 étage carré

Couvrements
  1. voûte en berceau voûte d'arêtes cul-de-four
Couvertures
  1. Forme de la couverture : toit à longs pans

  2. Forme de la couverture : toit en pavillon

  3. Forme de la couverture : toit à longs pans brisés

Escaliers
  1. Emplacement : escalier dans-oeuvre

    Forme : escalier en vis sans jour

Décors/Technique
  1. peinture
  2. sculpture