Château des Salles

France > Nouvelle-Aquitaine > Charente-Maritime > Saint-Fort-sur-Gironde

La seigneurie des Salles est mentionnée pour la première fois en 1459, dans les mains de Marguerite Aysse, épouse de Jean Brun. En 1540, elle appartient à son descendant, Pierre Brun, écuyer, demeurant à Saint-Jean-d'Angély. La mouvance du fief des Salles est alors disputée par les seigneurs de Mirambeau et de Saint-Fort. En juin 1565, à l'issue de deux échanges successifs, les Salles passent des mains de Louis Moreau, seigneur de Panloy, à celles de Nicolas de Vallée, écuyer, seigneur du Douhet, puis à celles Jean Jolly, seigneur de Pommiers puis de Chadignac. Le château actuel conserve vraisemblablement des éléments datant de cette fin du Moyen Age et du début de l'époque moderne, en particulier les douves sèches qui entourent le logis, et les traces de fenêtres à meneaux retrouvées dans les murs des pièces en soubassement. Il est possible aussi que les deux pigeonniers à l'angle des communs aient remplacé d'anciennes tours de défense.

Au début du 17e siècle, les Salles sont la propriété de Jean Baudoin puis, en 1673, d'Esther Lahoulé, épouse de Benjamin de Bonnefoy, écuyer, sieur de la Breuille. Le château passe ensuite à Judith Péanne qui, en 1684, s'y marie avec Rabaine Gouault de Cumont, écuyer. Les Salles restent dans les mains de la famille de Cumont jusqu'à la Révolution. Une grande partie des communs est reconstruite dans les années 1760 (la date 1763 figure sur une pierre retrouvée dans les douves du château ; la date 1766 est encore inscrite au-dessus d'une ouverture de la partie sud des communs). A cette époque, les Salles appartiennent à Marc-Antoine marquis de Cumont, major général de la capitainerie garde côtes de Royan. En 1781, il épouse en secondes noces Marie-Félicité de Gombauld qui lui apporte le domaine des Cheminées, à Saint-Sorlin-de-Cônac.

A la Révolution, le marquis de Cumont émigre à Londres où il meurt en 1798. Saisi comme bien national, le château des Salles fait l'objet d'une visite pour estimation le 1er prairial an 2 (20 mai 1794), par Christophe Macaire, architecte à Lorignac. Accompagné d'un plan, le procès-verbal donne une idée assez précise du château : cuisine et salle-à-manger dans le soubassement entouré des douves ; salle de compagnie, chambres et appartement au rez-de-chaussée ; deux apparterments à l'étage ; cuviers, chais à vin et à eau-de-vie et brûlerie, vraisemblablement dans l'aile ouest des communs ; granges, étables et écuries dans l'autre aile, à l'est ; jardin, allée, parc, vigne autour du château ; et enfin la métairie du château, actuellement le Maine. L'ensemble est vendu aux enchères le 21 vendémiaire an 3 (12 octobre 1794) et acquis par Michel Bouju, de Saintes.

En 1815, le domaine est racheté par Charles-Claude Baudin, percepteur des contributions directes. C'est à lui que le château appartient lorsqu'est établi le plan cadastral de 1834. La cour y apparaît presque totalement fermée, le logis étant relié aux communs. Le quadrilatère est interrompu à l'ouest, là où sont par ailleurs mentionnés un plan d'eau et un jardin entouré d'un fossé en eau, et au sud-est, comme aujourd'hui. Le plan mentionne par ailleurs les deux pigeonniers aux angles des communs et la tour carrée qui flanque la façade sud-est du château.

En 1862, le château est acquis par Charles-Henri de Pont (1830-1898) et son épouse, Blanche de Saint-Légier d'Orignac. Ils décident aussitôt de réaménager le logis, et font appel à l'architecte bordelais Gustave Alaux (1816-1882). Ce dernier est connu pour avoir restauré ou reconstruit de nombreuses églises, autour de Bordeaux notamment, et plusieurs châteaux, par exemple celui de Lagrange, à Blaye (Gironde), celui de Saint-Bernard, à Touverac (Charente), ou encore celui de Saint-Maigrin (Charente-Maritime). Il oeuvre à la même époque au clocher de l'église de Mortagne-sur-Gironde et à la chapelle du séminaire de Montlieu-la-Garde dont le supérieur, l'abbé Augustin Rainguet est originaire de Saint-Fort. C'est peut-être aussi à lui que l'on doit la construction de la tour des moulins de Poupot, près des Salles. Gustave Alaux remanie l'ancien logis des Salles en lui donnant un aspect néo-médiéval très à la mode à l'époque. Il conserve les douves sèches, remanie la tour carrée sur la façade sud-est, et ajoute deux tours sur la façade postérieure, au nord-ouest. Un nouveau décor intérieur est également créé (boiseries, cheminées, parquets, plafonds). A l'extérieur, le parc est replanté, de même qu'une bambouseraie, à l'ouest du château. Le 23 juin 1864, le nouveau château est béni par le curé de Saint-Fort, en présence des principales familles nobles et notables de la région. Le 7 février 1871, le curé revient pour bénir cette fois-ci la chapelle, déclarée oratoire public par décision épiscopale. Le 1er mars suivant, l'évêque de La Rochelle vient sur place, passe la nuit au château, célèbre la messe dans la chapelle et prononce une allocution devant l'assistance (dont la noblesse des environs, les édiles municipales locales et l'abbé Rainguet) et un piquet de gardes nationaux, avant que ne soit servi un grand déjeuner.

D'autres travaux sont réalisés sur le logis à la fin du 19e siècle et au début du 20e, sous la conduite de Blanche de Saint-Légier, veuve en 1898, et de son fils, l'abbé Henri de Pont, demeurant à Toulouse. Située à l'extrémité sud-ouest du soubassement, la chapelle privée est déplacée dans une nouvelle extension en rez-de-chaussée pratiquée dans le prolongement nord du château (aujourd'hui une cuisine). Au cours du 20e siècle, le domaine change de propriétaire à plusieurs reprises. Encore détenu par l'abbé de Pont en 1920, il appartient dans les années 1930 à la famille Loget et accueille en 1940 des réfugiés venus du Nord-Est de la France. En 1959, le château, à l'état de ruine, est racheté par la famille Couillaud qui entreprend de le restaurer et qui en est toujours propriétaire. La tempête de décembre 1999 endommage le parc. Le château abrite aujourd'hui des chambres d'hôtes.

Périodes

Principale : 15e siècle (incertitude)

Principale : 3e quart 18e siècle

Principale : 3e quart 19e siècle

Dates

1763, porte la date

1766, daté par source

1862, daté par source

Auteurs Auteur : Alaux Gustave, architecte (attribution par travaux historiques)

Le château des Salles comprend principalement plusieurs bâtiments réparties autour d'une cour : le logis au nord-ouest et deux ensembles de communs formant chacun un L au sud et à l'est. Au sud-est se trouve un bâtiment agricole (hangar, écurie, étable) et, au nord-est, un toit à volailles auquel est adossé un appentis ou "ballet". Au nord du logis s'étend un grand parc arboré.

Chacune des deux ailes de communs est flanquée vers l'extérieur d'un pigeonnier de plan circulaire, coiffé d'un toit en poivrière. L'aile est des communs abrite d'anciennes écuries et présente à son extrémité nord les traces d'une ancienne porte cochère. L'autre aile des communs se décompose en deux parties. La partie sud-est, transformée en habitation, a dû servir de buanderie (il reste l'emplacement d'une ponne à lessive). La partie ouest se dinstigue par ses rangées de petites ouvertures carrées, sur deux niveaux, interrompues au rez-de-chaussée par une porte en arc surbaissé. Sur le côté droit, au nord-ouest, un escalier extérieur, couvert, donne accès au comble. Cette dépendance constitue probablement les chais décrits lors de la vente des Salles comme bien national en 1794.

Le logis comprend un corps principal, environné de douves sèches. Il est couvert d'un toit à longs pans en tuiles plates, avec pignons découverts, et au-dessus duquel s'élèvent des souches de cheminées de section ronde. La façade principale du logis, au sud-est, présente quatre travées d'ouvertures, chacune incluant au niveau du comble une lucarne en chien-assis et à fronton triangulaire. Les fenêtres possèdent un linteau en arc segmentaire, surmonté, pour celles de l'étage, par un larmier. A cela s'ajoute la porte, accessible par un petit pont qui enjambe les douves, et surmontée par une fausse-bretèche. A droite de la porte s'élève la tour carrée dans laquelle prend place l'escalier intérieur qui dessert l'étage et le comble. Comprenant au total cinq niveaux, cette tour se termine par un machicoulis couvert, sous un toit en pavillon et à égoût retroussé.

Cette tour est identique à celle qui a été ajoutée au 19e siècle dans l'angle ouest du logis. La troisième tour, flanquée au centre de la façade postérieure du logis, au nord-ouest, est, quant à elle, bien différente. Elle présente en effet cinq pans et est coiffée d'un toit également polygonal, à égoût retroussé. La séparation entre ses différents niveaux est marquée par des bandeaux moulurés. De part et d'autre, la façade présente, comme de l'autre côté, quatre travées d'ouvertures, aux caractéristiques identiques à celles de la façade antérieure.

A l'intérieur, les pièces se répartissaient entre les différents niveaux selon leurs usages : pièces de service dans le soubassement, pièces à vivre et de réception dans le rez-de-chaussée surélevé, chambres à l'étage, chambres de domestiques dans le comble. Dans le soubassement, on observe les traces d'un arc et d'un escalier, une porte en plein cintre, des ouvertures ébrasées et un potager en pierre. Au rez-de-chaussée, le petit pont et la porte donnent accès à un corridor ouvrant sur une salle à droite, un grand salon à gauche, précédant un petit salon. Dans le grand salon se trouvent une cheminée, un parquet et des poutres à la française. Placé dans la tour polygnale, l'escalier donne accès à l'étage puis au comble où les chambres sont à chaque fois desservies par un couloir côté nord-ouest.

Murs
  1. Matériau du gros oeuvre : calcaire

  2. Mise en oeuvre : moellon

  3. Mise en oeuvre : pierre de taille

Toits
  1. tuile plate
Étages

étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, étage de comble

Couvertures
  1. Forme de la couverture : toit à longs pans

  2. Forme de la couverture : toit polygonal

  3. Forme de la couverture : toit en pavillon

  4. Partie de toit : pignon découvert

Décors/Technique
  1. sculpture
  2. peinture
Décors/Représentation
  1. Representations : cerf


Précision sur la représentation :

Le décor sculpté du logis se limite aux motifs trilobés qui ornent le fronton des lucarnes et les faux chemins de ronde des deux tours carrées. A l'extrémité sud-ouest du soubassement, là où se trouvait la chapelle privée jusqu'au début du 20e siècle, on décèle les traces d'un décor peint (arcade à fond bleu, imitation de pierres de taille jaunes à joints rouges). Dans la tour d'escalier, au-dessus de la porte qui donne accès à l'étage, se trouve une peinture sur bois représentant une chasse à courre.

Localisation

Adresse: Nouvelle-Aquitaine , Charente-Maritime , Saint-Fort-sur-Gironde

Milieu d'implantation: isolé

Cadastre: 2009 G 240

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