Fontaine d'Hiers
France > Nouvelle-Aquitaine > Charente-Maritime > Marennes
Historique
La fontaine (ou réservoir) est étroitement liée à la citadelle de Brouage, dont elle devait assurer l'alimentation en eau. Brouage étant construite sur un sol formé en surface de lest et de sédiments rendant les puits saumâtres, ses habitants souffraient du manque d'eau potable et de pénuries accentuées par les sièges successifs.
Un premier projet de création d'un système d'adduction d'eau douce est mentionné en 1580 par Bernard Palissy, célèbre céramiste et érudit français proche de la cour. En 1580, il publie à Paris Discours admirable de la nature des eaux et fontaines, dans lequel il soumet un "avertissement au gouverneur et habitants de Jacques Pauly autrement nommé Brouage". Observant la géographie des lieux, il propose d'établir une fontaine alimentée grâce à une canalisation en tuyaux de bois emboîtés depuis le bois d'Hiers. Il propose ainsi de résoudre le problème de "la grande indigence d'eau que l'on a eue audit lieu durant un siège" à Brouage. À ce jour, aucun élément ne nous permet de savoir si ce projet a effectivement été réalisé.
Il faut attendre le début du 17e siècle pour voir émerger un nouveau projet d'adduction en eau liant les deux sites. Un acte notarié du 18 novembre 1619 nous apprend que Martin de Barrère, conseiller du roi et contrôleur des guerres en Angoumois et Saintonge, est chargé par le roi de "faire conduire les eaux douces du bourg d'Hiers audit Brouage", en échange du recouvrement d'une taxe. Les travaux sont réalisés en 1617-1618, et comprennent notamment "une pyramide et bacin pour recevoir l'eau desdites fontaines et la distribuer par trois robinets" installés à Brouage, en face de l'église.
Le 12 mars 1633, un nouveau marché est passé entre Jean de la Veille, fontainier du roi demeurant à Paris, et Jean Landreau, maître maçon de Brouage. On lui commande la construction d'une fontaine dont le devis permet d'en restituer la description, retranscrite ici par Jimmy et Éliane Vigé : "Elle se présente sous la forme d'un édifice carré, de 4,2 m de côté, couronné d'un dôme surmonté d'une croix, le tout en pierre de taille de Saint-Même ; elle est décorée d'un autel, des armes du roi et du cardinal de Richelieu, et aussi ornée de "corniche, encoignure rustique architecture". Pour pénétrer à l'intérieur, il faut emprunter une porte basse aux pentures flamandes, qui donne accès à une toute petite salle entourée d'une banquette de maçonnerie. Au centre, se trouve une auge en pierre pouvant contenir à peu près 440 litres. Tout au long de la canalisation qui amène l'eau d'Hiers, Jean Landreau devra construire, à environ 200 mètres d'intervalle, des regards dont les dimensions intérieures seront d'environ 80 cm de long, 50 cm de large et 1,3 m de profondeur. Chaque regard sera fermé d'un couvercle fait d'une pierre de taille garnie de deux oreilles de fer scellées au plomb" (Vigé, 1990). Deux ans plus tard, les travaux sont achevés, et un texte de 1638 précise que les canalisations sont réalisées en plomb.
La fontaine commandée à Jean Landreau telle que décrite par le devis semble correspondre à la fontaine d'Hiers. Or, comme le relève Yannick Comte, le devis n'indiquerait pas de lieu précis pour le projet. Dès lors, il est possible que la fontaine de Landreau ne soit pas destinée à Brouage, mais bien à Hiers. D'autant plus que, quinze années auparavant, une pyramide et un bassin conçus pour recevoir l'eau des fontaines avaient déjà été installés en face de l'église de Brouage (Comte, 1996). Selon une autre hypothèse, et dans le cas où la fontaine édifiée par Landreau ait bien été élevée au centre de Brouage, celle d'Hiers pourrait en être un pendant construit à la même époque et sur le même modèle. Plusieurs documents d'archives, tels que le rapport de Pretteseille de 1727, mentionnent en effet la présence d'autres réservoirs ou fontaines alimentant la citadelle. Dans tous les cas, les éléments architecturaux observés sur la fontaine d'Hiers et sa forte similitude avec la description du devis semblent bien rattacher sa construction au deuxième quart du 17e siècle.
En 1637, on confie la surveillance et l'entretien de l'ensemble du système hydraulique à Jean Hervé, succédé en 1657 par Martin Odandall.
En 1723, Pierre Guitton, fontainier, organise la réfection de la fontaine dite de Brouage, le remplacement des portions de tuyauterie en plomb, la construction de nouveaux regards, et la pose de "huit portes de chesne aux regards des réservoirs, à la place des huit de sapin qui sont pourries". Selon Y. Comte, "il est possible qu'un de ces vantaux concerne l'édicule d'Hiers qui nous intéresse et qui peut être assimilé à un "réservoir"". Deux documents d'archives signés du même Pierre Guiton attestent que la fontaine d'Hiers est toujours en fonctionnement en 1740, et que, six ans plus tard, des travaux sont prévus pour réparer la canalisation entre la Guilleterie et Brouage. On ignore toutefois s'ils concernent la fontaine d'Hiers, dans la mesure où tous les édicules mentionnés dans le devis ont des "voûtes en maçonnerie de moellons à chaux et à sable", couvertes "en pierre de taille de six pouces d'épaisseur [...] posées avec recouvrement de deux pouces". À la suite du décès de Pierre Guiton, les travaux sont achevés par Louis-Georges et Pierre Moraney en 1749.
Face à l'état médiocre des canalisations, de nouvelles campagnes de travaux sont réalisées en 1759 par Bégorat, entrepreneur ordinaire des fortifications, et en 1761 par Robert Marçault, plombier à la Rochelle et fontainier de Brouage. Un rapport déplore notamment l'ancienneté des canaux conduisant l'eau depuis les hauteurs de Brouage, dont "personne dans le pays n'en a vu l'établissement". En 1763, un mémoire fait état des mauvaises conditions sanitaires de l'eau, et prie l'Intendant de renouveler le système hydraulique. Ce projet ne laisse aucune trace de réalisation. En 1772, date de sa mort, Robert Marçault est remplacé par son épouse Mary Joly exerçant également le métier de plombier. Elle devient ainsi la dernière détentrice de la charge de fontainier à Hiers-Brouage.
Au début du 19e siècle, la fontaine d'Hiers n'est plus en état de fonctionner. D'après Éliane et Jimmy Vigé, son arrêt remonterait à la Révolution. En 1805, les canalisations en plomb conduisant l'eau depuis la colline d'Hiers vers Brouage sont enlevées par l'armée, et c'est sans doute à cette période que disparaît également la fontaine de Brouage élevée en face de l'église.
En 1845, la municipalité de Hiers-Brouage négocie la cession par l'Armée de la "Belle Fontaine" d'Hiers, en échange de portions de rues nécessaires à la construction d'une grande enceinte autour de la Halle aux Vivres de Brouage, et y voit l'opportunité d'en faire une maison d'arrêt pour enfermer les vagabonds et les voleurs. À la suite d'une longue procédure, le marché est enfin conclu en 1850, et la fontaine, désormais propriété de la commune, devient une cellule pour criminels. En 1895, un bail de location du terrain au sud de l'édifice témoigne d'une dernière évolution dans sa fonction : servant "d'asile pour les indigents étrangers", elle se dote en 1923 d'une petite cheminée maçonnée dans l'angle sud-est du local (Comte, 1996).
Description
La fontaine est située au sud-ouest du bourg, à mi-pente, le long de la route Duc-Élie. De plan carré et en rez-de-chaussée, elle s'appuie sur un léger soubassement en ressaut et est couverte par un toit à l'impériale, dont les extrémités s'appuient sur une corniche moulurée. L'ensemble de l'édifice est construit en pierre de taille calcaire.
L'unique accès à l'intérieur de l'édifice s'effectue par la face sud ménageant une porte simple, inscrite dans un décor de tables superposées et sculptées en léger relief, dont les angles sont coupés en arcs-de-cercle concaves. Elle est surmontée d'une lucarne-fronton cintrée.
Identiques entre elles, les faces nord, ouest et est sont aveugles. Les chaînes d'angles sont traitées en bossage adouci et les murs sont ornés de la même superposition de tables décoratives que la face sud. Le couronnement se compose d'une corniche moulurée surmontée d'un fronton cintré. Un écusson débordant sur la corniche ornait son centre.
Cette fontaine peut être rapprochée d'un édicule similaire construit sur un bastion à Rochefort à proximité de la porte Bégon.
Détail de la description
| Murs |
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| Toits |
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| Étages |
en rez-de-chaussée |
| Couvertures |
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Informations complémentaires
| Type de dossier |
Dossier d'oeuvre architecture |
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| Référence du dossier |
IA17052016 |
| Dossier réalisé par |
Wymbs Margaux
Elève conservatrice du patrimoine à l'INP, en stage dans le service sur le site de Bordeaux du 19 août au 20 décembre 2024. |
| Cadre d'étude |
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| Aire d'étude |
Communes littorales de Nouvelle-Aquitaine |
| Phase |
étudié |
| Date d'enquête |
2024 |
| Copyrights |
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel |
| Citer ce contenu |
Fontaine d'Hiers, Dossier réalisé par Wymbs Margaux, (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel, https://www.patrimoine-nouvelle-aquitaine.fr/Default/doc/Dossier/a90ae021-515a-4e44-870b-ec06ff9f2a67 |
| Titre courant |
Fontaine d'Hiers |
|---|---|
| Dénomination |
fontaine réservoir |
| Destination |
prison abri |
| Statut |
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|---|---|
| Protection |
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Localisation
Adresse: Nouvelle-Aquitaine , Charente-Maritime , Marennes , rue Duc Élie
Milieu d'implantation: en village
Lieu-dit/quartier: Hiers
Cadastre: 1833 C1 195, 1937 C1 70, 2024 189 C 70