Repaire noble de Valojoulx, devenue ferme, puis hôtel-restaurant, puis chambre d'hôte

France > Nouvelle-Aquitaine > Dordogne > Valojoulx

La nature nobiliaire du lieu n'est pas assurée, mais plusieurs arguments plaident en sa faveur : l'emprise de la propriété et l'importance de ses bâtiments au cœur du bourg de Valojoulx, sa proximité avec l'église paroissiale au sein du village, la présence d'une tour carrée à l'angle nord-est côté bourg, son ancienneté attestée par le bâtiment médiéval faisant partie de l'ensemble et le ruisseau Turançon le bordant au sud, qui devait participer à sa défense. Enfin, si tant est que sa nature nobiliaire soit confirmée, on est enclin à identifier ce domaine noble avec celui de Valojoulx, mentionné du XIIIe ("Valugou") au XVIe siècle, car il est bien établi que le siège d'une seigneurie se trouvant dans un village porte le nom de celui-ci ou, plus exactement, de la famille éponyme (on s'oppose ici à Guy Pénaud qui voyait en 1996 dans Masnègre le château de Valojoulx). De fait, en 1400, "Abelias Pantena" se dit veuve et héritière de "P. de Valogols, domicellus" et de Guillaume "de Valogols" – à ce titre, elle rend hommage pour l'"hospicium [hôtel noble]" appelé de Bermon. Dès cette époque, l'étendue de la justice de la seigneurie devait correspondre à celle de la paroisse, qui dépendait de la châtellenie de Montignac – le fait est avéré en 1365. C'est en effet dans la seconde moitié du XIVe siècle qu'il faut placer la construction d'une première maison noble sur le site : le corps de logis rectangulaire situé à l'ouest, orienté nord-sud, qui, bien que très remanié, présente des murs en moyen appareil de pierre de taille dont le mur de croupe, au sud, très épais (plus d'1,50 m) possède une fente de jour à embrasure intérieure très large au rez-de-chaussée et une fenêtre à embrasure intérieure très profonde ainsi qu'une logette de latrines aménagée dans l'épaisseur du mur à l'étage. Comme souvent, cet élément d'hygiène était également à vocation défensive : à cet endroit dans l'angle sud-ouest du corps de logis, des fentes de jour permettaient non seulement d'éclairer les latrines mais de défendre le coin exposé sur l'extérieur de l'édifice. Ajoutons qu'à l'étage, à côté de cette logette de latrines, la fenêtre devait être, à l'origine, géminée, rectangulaire et à lancettes trilobées, avec un linteau chanfreiné et à écoinçons pleins (linteau en remploi dans l'embrasure réduite de la même fenêtre), selon un type particulièrement courant en Aquitaine, comme à Bazas, Fronsac, Sainte-Foy-la-Grande ou Macaire ; elles sont aussi fréquentes en Périgord, à écoinçons pleins, à Beynac et à Montignac (fenêtre en façade sur rue de la maison du 70 rue de Juillet et dans le mur-pignon de la maison à l’angle des rues de Versailles et des Jardins). Ce premier bâtiment, à vocation de lieu de stockage pour le rez-de-chaussée et d'habitation pour l'étage, était également doté d'un évier (malheureusement très remanié récemment) et d'un placard voisin ; les murs nord et sud devaient être des pignons découverts, le comble étant alors peut-être habitable.

On perd ensuite la trace de la famille de Valojoulx qui a dû s'éteindre au cours de la guerre de Cent Ans. Après la fin du conflit, la seigneurie est passée entre les mains des d'Albret, qui l'ont vendu aux Gontaut de Badefols "dit de Salignac" (ou "de Salignac de Saint-Geniès") à une date indéterminée – avec pacte de rachat comme l'indique la suite de l'histoire. L'hypothèse la plus probable est qu'Alain d'Albret se soit dessaisie de Valojoulx autour de 1486-1488 car, à ce moment-là, ce prince est contraint "pour subvenir aux frais de la guerre [la Guerre Folle (1486-1488)]" dans laquelle il s'est lancé de vendre plusieurs de ses propriétés telles que le "lieu et parroisse d’Auriac, membre non dependant de la chatellenie de Montignac" (22 août 1487). Une preuve est peut-être fournie par le fait que c'est le même Alain d'Albret, avec son fils Jean, qui tente de racheter (sans succès) la seigneurie de Valojoulx au commencement du XVIe siècle (avant 1510) à Jean Ier de Gontaut de Badefols, dit de Salignac, seigneur de Saint-Geniès. En 1502, dans un mémoire rendu à Alain d'Albret, "Saint-Geniez" est l'un des cinq gentilshommes de la paroisse de Valojoux cités. C'est peut-être à lui que l'on doit la construction du grand ensemble de corps de logis de plan en équerre à l'est de la parcelle : les critères internes (maçonnerie de moellons avec remploi de pierres rubéfiées ou de pierres de taille, fenêtres à chanfrein droit et appui mouluré saillant, corbeaux portant les poutres de rives, couvertures en lauze) suggèrent cette datation du tout début du XVIe siècle. Des modifications importantes sont également apportées au logis médiéval, qui est sans doute remis en état après des destructions ou déprédations liées au conflit franco-anglais : une porte et des fenêtres au premier étage, ainsi que le toit en lauze datent de cette campagne de travaux.

Le 14 juin 1524, dans son testament, "noble et puissant Guy de Gontaut dit de Salignac, chevalier, seigneur et baron de Badefol, seigneur de Saint-Geniès", laisse l'usufruit de tous ses biens à son épouse, Claude de Salignac, tout spécialement les "châtellenies de Saint-Geniès, La Chapelle-Aubareil et Valojoux". Mais Guy meurt plus tard, après 1534. On perd ensuite la trace de la seigneurie, qui a dû très rapidement être abandonnée ou du moins déclassée, les Gontaut de Saint-Geniès possédant de très nombreux domaines : outre Badefols, Saint-Geniès, La Chapelle-Aubareil et Valojoulx déjà cités, Jean II de Gontaut de Badefols, héritier de Guy et de Claude de Salignac, est vicomte de Rouzel et seigneur d'Audaux (64), Almenèches (61) et Ecouché (61). En effet, le domaine n'est plus considéré comme un domaine noble sur la planche n° 23 de la carte de Belleyme levée en 1768, mais c'est certainement déjà le cas depuis longtemps : il s'agit d'une simple exploitation agricole – et qui le restera jusqu'au milieu des années 1970.

Des modifications importantes sont intervenues au cours du XIXe siècle comme l'attestent, pour le corps de logis médiéval, la reprise de la fenêtre au premier étage du mur de croupe, couvert en arc segmentaire et à feuillure pour volets extérieurs, et la charpente à croupes. Une imposante grange-étable est venue remplacée une dépendance précédente, figurée sur le plan cadastral de 1813, au même endroit mais orientée différemment. C'est encore le logis médiéval qui perd sa couverture de lauzes en 1975, remplacée par une couverture de tuiles mécaniques.

Périodes

Principale : 2e moitié 14e siècle

Principale : 1er quart 16e siècle

Secondaire : 2e moitié 19e siècle

L'ensemble est situé au sud-ouest du bourg de Valojoulx, bordé par le ruisseau le Turançon qui en forme la limite méridionale. En 1813 (plan cadastral de la commune), un chemin le bordait à l'est tout en lui donnant accès. Il comprend un grand bâtiment de plan en L constitué, du sud au nord, par un corps de logis principal orienté nord-sud, doté à l'angle nord-est d'une tourelle carrée, auquel est adossé un second corps au même alignement ; un troisième corps est en retour d'équerre du second vers l'ouest. Une imposante grange-étable, adossée au mur de croupe de ce dernier clôt la cour au nord. Enfin, un quatrième corps de logis, isolé à l'ouest (le corps de logis dit médiéval), ferme la cour de ce côté.

Le corps de logis rectangulaire situé à l'ouest, orienté nord-sud, présente des murs en moyen appareil de pierre de taille dont le mur de croupe, au sud, très épais (plus d'1,50 m) possède une fente de jour à embrasure intérieure très large au rez-de-chaussée et une fenêtre à embrasure intérieure très profonde et une logette de latrines aménagée dans l'épaisseur du mur à l'étage. A l'étage, le corps est également doté d'un grand évier en pierre aménagé dans une niche en plein-cintre et d'un placard mural voisin, à petites niches latérales. Ce corps est couvert par un toit à longs pans à croupe, protégé par des tuiles mécaniques.

Le grand bâtiment de plan en L à l'est est constitué par des murs en moellon (autrefois enduits) et en pierres de taille pour les parties vives (portes, fenêtres et chaînes d'angle). Les corps de logis sont hauts d'un rez-de-chaussée surélevé par un niveau de soubassement et sont couverts par des toits à longs pans couverts de tuiles plates.

Murs
  1. Matériau du gros oeuvre : calcaire

    Mise en oeuvre : pierre de taille

Toits
  1. tuile mécanique
Étages

rez-de-chaussée, 1 étage carré

Couvertures
  1. Forme de la couverture : toit à longs pans

    Partie de toit : croupe

Localisation

Adresse: Nouvelle-Aquitaine , Dordogne , Valojoulx , 16 place de la Mairie

Milieu d'implantation: en village

Cadastre: 1813 A 254 et 255, 2025 AE 257

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