Verrière figurée : la Crucifixion

France > Nouvelle-Aquitaine > Creuse > Saint-Pierre-de-Fursac

La sacristie de cette église, accolée au flanc sud de son chevet plat du 14e siècle, paraît dater des premières années du 16e siècle. Elle était initialement la chapelle des seigneurs de Chabannes. Cette annexe s’éclaire de deux fenêtres, l’une placée à l’est, l’autre au sud ; seule la baie orientale conserve des restes de sa verrière d’origine mais le petit monument, autrefois dit « chapelle aux vitraux », avait probablement reçu un décor complet. La verrière qui subsiste en partie, une grande Crucifixion, était déjà fragmentaire avant 1846, lorsqu’elle fut décrite par l’abbé Texier, qui lui assignait une datation voisine de 1550. Or, l’œuvre comportait jadis à sa base les armoiries de la famille de La Roche-Aymon, de sable semé d’étoiles – ou de molettes d’éperon - d’or, au lion rampant de même armé et lampassé de gueules, qui avaient été relevées en 1716. Ces armes permettent de préciser l’identité du commanditaire : il ne peut s’agir que de Jean II de La Roche-Aymon, né en 1441, héritier de Chabannes en 1464 au décès de son père Jean I, seigneur de Saint-Maixent, sénéchal de la Marche et lieutenant général du duc de Bourbon, lui-même mort en mars 1511 et inhumé dans l’église, près du portail sud. Les portraits qui occupaient la partie inférieure du vitrail - on distingue encore, à gauche de la composition, le buste du donateur, placé devant saint Jean qui pose sa main sur son épaule - étaient donc ceux de ce personnage, bailli de Mâcon et gouverneur du Languedoc en 1489, et de sa femme Madeleine de Montalembert, âgés d’une soixantaine d’années vers 1500, date approximative à partir de laquelle l’œuvre a pu être réalisée. La seigneurie de Chabannes revint après 1511 à leur seconde fille, Marguerite de La Roche-Aymon, épouse de Louis IV de La Pierre-Buffière.

Une restauration générale de l’église débuta en 1887 sous la direction de Lucien Roy. À cette occasion, l’architecte photographia la verrière, la fit classer Monument historique et, en 1894, fit venir sur place le peintre verrier parisien Albert Bonnot afin d’établir un devis. Fut alors envisagée non seulement la remise en état de l’œuvre mais, puisqu’elle était située dans une annexe, sa mise à l’abri dans une collection publique moyennant l’octroi de 500 francs à la fabrique. Une polémique durable devait en résulter entre le conseil de fabrique, acquis aux projets des représentants de l’État, et les autorités municipales, qui refusaient l’expédition de la verrière à Paris, craignant qu’elle ne fût pas réaffectée à l’église ; les élus locaux firent d’ailleurs imprimer en 1897 un document de huit pages pour défendre leur position : la restauration se ferait sur place ou ne se ferait pas (DOM, dossier). Les crédits furent pourtant alloués par l’inspecteur général Lucien Magne l’année suivante, tandis que l’Administration poursuivait les négociations avec le maire. En 1901, un ouvrier du peintre verrier Marcel Delon fut envoyé de Paris pour déposer la verrière mais, accusé de « déscellement clandestin », il fut contraint de battre en retraite en abandonnant la caisse de vitraux dans une auberge du village. Les panneaux, ensuite restés en dépôt à la mairie, furent déclassés en 1903, tandis que Delon réclamait le montant des frais investis en vain en 1901. L’architecte Darcy reprit le dossier en 1913, le vitrail bénéficiant d’une nouvelle mesure de classement, mais l’effet du devis qu’il dressa en 1914 fut ajourné du fait de la Grande Guerre. La verrière ne regagna son cadre d’origine qu’en 1921, après sa restauration à Limoges par Francis Chigot. Celui-ci procéda alors à sa remise en plombs et remplaça le verre à vitre qui comblait les parties brisées par des pièces de verre antique teintées d’un lavis.

Périodes

Principale : 1er quart 16e siècle

Secondaire : 1er quart 20e siècle

Dates

1500, daté par travaux historiques

1510, daté par travaux historiques

1921, daté par source

Auteurs Auteur : Chigot Francis

Francis Chigot est élève au lycée Gay-Lussac de Limoges, puis à l'École nationale supérieure des arts décoratifs. Il commence à travailler pour les Monuments Historiques en 1917, et continue avec les restaurations d'églises du nord de la France, détruites par les combats de la Première Guerre mondiale. Il meurt en 1960. À la suite de son décès en 1960, les ouvriers de son atelier fondent l'Atelier du Vitrail à Limoges, qui poursuit son œuvre. Il a réalisé de nombreux vitraux parmi lesquels les vitraux de l'opéra de Vichy, de l'église Saint-Pierre de Montluçon, de la gare de Limoges-Bénédictins, de la basilique de la Visitation à Annecy, de l'église de Conques et du prieuré de Million à Paris.

, peintre-verrier, restaurateur (attribution par source)
Personnalite : La Roche-Aymon (de) Jean II

Jean II de La Roche-Aymon, seigneur de Chabannes-Guergny. Il fut bailli de Mâcon et gouverneur du Languedoc en 1489. Fils de Jean I, seigneur de Saint-Maixent, sénéchal de la Marche et lieutenant général du duc de Bourbon. Il épousa Madeleine de Montalembert.

, commanditaire (attribution par source)
Lieux d'exécution

lieu d'exécution

Édifice d'origine : Atelier Chigot

Localisation : Haute-Vienne , Limousin , Limoges

Ce vitrail est composé d'une lancette trilobée et de deux écoinçons. Dans une vitrerie losangée, restes d'une grande Crucifixion à nombreux personnages. Seuls les panneaux de la tête de lancette et central sont conservés, avec quelques pièces du panneau intermédiaire, le tout resté à son emplacement d'origine.

Au sommet, dans la tête de lancette : trois bustes d’anges apparaissent dans une nuée au-dessus d’un phylactère sur lequel on lit ANGELI PACIS AMARE FLEBUNT (Isaïe, 33) ; on note l'emploi de grisaille et de jaune d’argent, ainsi que les ailes taillées dans des verres rouges, verts et bleus). Dans le second panneau figuré, la moitié supérieure des personnages massés se situe au pied de la croix. Au milieu, le bois de la croix et les pieds du Christ crucifié, prolongés par quelques pièces du torse de Jésus et des fragments des drapés des anges qui recueillaient le Saint Sang. À gauche, à l’avant-plan d’une troupe de soldats au-dessus de laquelle s’amorce un paysage arboré, le groupe constitué par la Vierge entourée de saintes femmes, et par saint Jean en tunique verte et manteau rouge (tête remplacée par une pièce de verre blanc), qui participe de la scène tout en présentant le commanditaire, Jean II de La Roche-Aymon (buste conservé avec la partie inférieure du visage et les épaules couvertes d’un collet de fourrure laissant voir le haut du pourpoint et une chaîne d’or). À droite, devant une autre foule de soldats, le buste de sainte Marie-Madeleine au pied de la croix (tête perdue, vêtement complété de bouche-trous), qui patronnait en même temps Madeleine de Montalembert (contour de sa tête faite d’une pièce de verre blanc visible à l’extrême droite, en symétrie de celle de son époux) ; plus haut, le centurion en armure tourné vers le sanhédrin qui désigne le Christ du doigt, en robe verte à large col rouge dont le galon s’orne d’une suite de lettres (AHRVNOERO/ ANORI). Trois têtes brisées ont été renforcées par des verres de doublage.

Catégories

vitrail

Structures
  1. lancette, polylobé
Matériaux
  1. Matériau principal : verre

    Mise en oeuvre : coloré

    Techniques : peint, grisaille sur verre, jaune d'argent

  2. Matériau principal : plomb

    Mise en oeuvre : réseau

Dimensions
  1. Type de mesure : h

    Valeur : 280

    Unité : cm

  2. Type de mesure : la

    Valeur : 110

    Unité : cm


Précision sur les dimensions :

Dimensions du panneau figuré : h = 60 cm ; la = 110 cm. Dimensions de la tête de lancette : h = 45 cm ; la = 55 cm.

Iconographie
  1. Caractère général : Crucifixion

Inscriptions et marques
  • inscription, latin, sur l'oeuvre
  • inscription (non identifié)

Inscription située dans le phylactère tenus par les anges au registre supérieur : "ANGELI PACIS AMARE FLEBUNT" (Isaïe, 33).

Suite de lettres inscrites dans le galon ornant la robe du Christ : "AHRVNOERO / ANORI".

État de conservation
  • oeuvre restaurée

Localisation

Adresse: Nouvelle-Aquitaine , Creuse , Saint-Pierre-de-Fursac

Milieu d'implantation: en village

Cadastre: 2014 BN 01 75

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