A la découverte du peintre suédois Rudolf Gowenius à Poitiers et à Mignaloux-Beauvoir dans les années 1930
Le peintre et décorateur suédois Rudolf Gowenius (1896-1960) a réalisé dans les années 1930 plusieurs peintures murales dans la Vienne. Ces œuvres révèlent l'influence artistique qu’il a reçue à Paris auprès des peintres cubistes André Lhote et Fernand Léger. Elles résultent d’une commande de Maurice Gilbert, riche négociant en café, pour son hôtel particulier à Poitiers et pour sa maison de campagne à Mignaloux-Beauvoir.
Carnet du patrimoine
Publié le 12 juin 2026
# Vienne, Poitiers, Mignaloux-Beauvoir
# Opération d'inventaire : Inventaire de la communauté d’agglomération de Poitiers (hors Poitiers)
# Peinture, peinture monumentale
# 20e siècle
Qui est Rudolf Gowenius ?
Rudolf Gowenius est né en 1896 à Öjebyn, dans le nord de la Suède. Après une initiation artistique auprès des peintres Caleb Althin et Carl Wilhelmson, il devient élève à l’école des Beaux-Arts de Stockholm de 1919 à 1921. Attiré par le prestige d'une capitale artistique internationale, il part à Paris en 1923 et s'installe dans le quartier de Montparnasse où est implantée une importante communauté d'artistes suédois. En 1924, il entre dans l’atelier du peintre cubiste André Lhote puis, l'année suivante, dans celui de Fernand Léger.
Après de longues recherches, Gowenius conçoit une technique inédite de peinture sur étoffes précieuses, qui lui permet d'orner de larges surfaces. C'est cette technique qu'il met en œuvre pour la décoration des murs du bar O.K. à Montparnasse en 1929 (aujourd’hui disparue). L'artiste expose aussi dans les sections d'art religieux et arts décoratifs des Salons parisiens, ce qui lui permet d'exécuter entre 1930 et 1939 des décors d'églises autour de Paris, comme à Cachan, Colombes ou Chevilly-Larue. Il utilise dans ces créations principalement les techniques de la fresque et de la mosaïque de verre. Vers 1942, consécutivement à la défaite de la France face à l'Allemagne, Rudolf Gowenius quitte Paris après avoir achevé une peinture murale pour l'église Sainte-Anne à Tavaux, dans le Jura[1]. Il retourne alors dans son pays natal, où il meurt bien plus tard à Stockholm, en 1960.
Le commanditaire Maurice Gilbert
C'est en 1934, à Paris, où l'artiste est installé depuis dix ans, que Gowenius rencontre Maurice Gilbert (1864-1944), originaire de Poitiers et où il habite à l’année. Ce dernier possède dans la capitale une usine de torréfaction de café et un magasin de vente. Désireux d'afficher sa réussite, Maurice Gilbert se fait construire entre 1933 et 1935 un hôtel particulier à Poitiers, 15 rue de Blossac (aujourd'hui siège du tribunal administratif) et fait rénover en même temps, à Mignaloux-Beauvoir, près de Poitiers, une maison de campagne (l'actuel golf-hôtel du manoir de Beauvoir) qu'il a acquise quelques années auparavant. Les réalisations en sont confiées aux architectes poitevins Maurice Martineau et André Ursault.
Pour orner ces deux édifices, Maurice Gilbert fait appel à Rudolf Gowenius. Celui-ci réalise pour chacune de ces propriétés des peintures aux sujets totalement différents : à Poitiers, une vue du quartier de la cathédrale et, à Mignaloux-Beauvoir, quatre scènes religieuses.
Le décor peint de l’hôtel Gilbert à Poitiers
À Poitiers, sous le porche d'entrée de l'hôtel Gilbert, Gowenius a créé en 1934 une peinture monumentale haute de 3,70 mètres. Elle représente la cathédrale Saint-Pierre et la collégiale Sainte-Radegonde vues depuis le quartier des Dunes, de l'autre côté de la rivière Le Clain. Partiellement masquée par des arbres, celle-ci est visible dans la partie basse de la composition, une barque flottant près de la berge. À proximité, les figures de deux moniales indiquent l'existence du couvent Notre-Dame qui était alors situé dans l'enceinte du monastère. Plus haut, les édifices religieux sont entourés des maisons d'habitation qui s'étalent à flanc de coteau et entre lesquelles apparaissent des tâches de couleur verte suggérant la végétation. Le quartier est représenté de manière assez fidèle, les édifices y sont traités en volume et en perspective, composés en lignes simples et de formes droites. Cette géométrisation est accentuée pour les toitures par la juxtaposition de couleurs opposées, en brun et gris-bleu. Réalisée d’après une aquarelle préparatoire, cette peinture a été simplifiée par Gowenius en supprimant des maisons dans la partie inférieure de la composition et en schématisant la végétation par de larges aplats de couleur.
Quatre peintures au manoir de Beauvoir à Mignaloux-Beauvoir
À Mignaloux-Beauvoir, dans la chapelle construite dans le parc du manoir de Beauvoir, Rudolf Gowenius a réalisé en 1935 quatre peintures murales. Disposées sous la forme de tableaux encadrés, elles traduisent la reconnaissance du commanditaire à l'occasion de la naissance de son petit-fils, Claude Gilbert. Les sujets représentés ont été puisés dans la vie du Christ : la Nativité, Jésus accordant le pardon à Marie-Madeleine, le Christ en croix et la Résurrection.
Les scènes sont représentées d'une manière très personnelle par l'artiste, avec beaucoup de sensualité pour les personnages féminins. Réalisées sur des fonds montagneux très dépouillés, elles offrent une palette riche de couleurs, dotant les personnages de lignes épurées (visages anguleux, anatomie et drapés stylisés) ou aux formes géométriques pour les éléments architecturaux (tombeau de la Résurrection, cabane de la Nativité).
D’autres œuvres de Gowenius en France
Dans les années 1930, Gowenius est associé à la reconstruction des édifices catholiques de Paris et de ses environs, plus connue sous le nom d’« Œuvre des Chantiers du Cardinal Verdier ». Il intervient notamment à la chapelle Saint-Étienne et Saint-Henri à Colombes (Hauts-de-Seine), où il réalise en 1935 une immense peinture murale figurant le Christ en croix. Cette œuvre, aujourd'hui disparue, occupait le mur du chœur de l’édifice.
L’année suivante, en 1936, il travaille à la chapelle du Bon-Pasteur à Chevilly-Larue (Val-de-Marne) où il peint cette fois le Christ portant l’agneau sur ses épaules entouré d’anges, surmonté du triangle trinitaire et de la colombe du Saint Esprit.
En 1938 il réalise dans l’église Sainte-Anne de Tavaux (Jura) une immense peinture murale figurant l’Assomption de la Vierge. Cette œuvre est stylistiquement proche des peintures de la chapelle de Beauvoir, notamment dans le choix des couleurs et dans le traitement morphologique des personnages, notamment les visages et les mains.
Auteur : Thierry Allard
Notes
[1] En 1942, le catalogue du 30e Salon de la Société des artistes décorateurs indique que Gowenius habite 26 rue des Plantes à Paris (14e arrondissement).
Dossier d'inventaire
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Manoir de Beauvoir
DossierDossier d'oeuvre architecture
Le manoir de Beauvoir se trouve à l´emplacement de l´ancien domaine de la Boissonnerie, qui comprenait aussi deux métairies: la Croix-Rouge au nord-ouest (emplacement actuel de la grille d´entrée), et le Quéreux au Merle au sud ...
Manoir de Beauvoir
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Titre : Manoir de Beauvoir
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Auteur de l'oeuvre : Caillaud Serge Chauvel Georges Ursault André Martineau Maurice Charles
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Période : 4e quart 19e siècle , 1ère moitié 20e siècle , 4e quart 20e siècle
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Localisation : : Nouvelle-Aquitaine , Vienne , Mignaloux-Beauvoir , 635 route de Beauvoir
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Date d'enquête : 2007
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Auteur du dossier : Suire Yannis , Royer Amandine
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Copyright : (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel
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Orientations bibliographiques
- René Chavance, "Les velours peints de R. Gowenius", Art et Décoration, janvier 1930, pp. 13-16.
- "Un bar à Montparnasse", La construction moderne, 6 novembre 1932, pp. 93-95.
- Musée des arts décoratifs, catalogue d'exposition d'art sacré, 1938.
- Musée des Années 30, Boulogne-Billancourt, centre de documentation, dossier Gowenius.
- Franck Claustrat, "Les artistes suédois à Paris 1908-1935 : tradition, modernisme et création", thèse de doctorat de l'Université Paris I, Panthéon-Sorbonne, 1994.
- Sylvie de Vesvrotte, « L'église Sainte-Anne (Tavaux), une illustration du Modernisme décoratif des années 30 », Société d'émulation du Jura - Travaux 2025, Ed. Lons-le-Saunier, 2026 (à paraître).