Canal maritime de Marennes

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Le canal maritime a été percé dans le prolongement d'un ancien chenal de délestage. Ce chenal est créé par Jacques Arrivé, maître de quart, qui "a fait faire l'ouverture d'un canal sur la coste de Badauge prenant son entrée à la rivière de Seudre pour être continué jusques à 400 toises de longueur aboutissant à la taillée de la prise de Badauge pour en faire un délestage". Les travaux ont été réalisés entre 1765 et 1769. Deux petites écluses en bois ont été établies au bout du canal sur la taillée ou digue de la prise de la Badauge. Les bateaux peuvent facilement y entrer et décharger le lest "par le moyen d'une planche que l'on leur fait mettre au bout sur bord et l'autre bout sur la grave et une voile tendue par dessous la planche pour empêcher qu'il ne tombe aucun immondice dans le dit canal". Il est rapidement nécessaire de remplacer les écluses en bois par des écluses en pierre de taille, d'élargir l'embouchure du canal et d'installer "de bons pieux de chaque côté du canal de 30 pieds en 30 pieds tout le long du dit canal pour bien amarrer les bâtiments en cas de mauvais temps et de grands vents".

Le port de Marennes était alors situé sur le chenal du Lindron : dès 1785, il est question de le transférer au chenal de délestage dit également "canal des Seines" ; le projet est à nouveau évoqué en 1805. Mais le chenal de délestage, d'une longueur de 800 mètres, est également à cette époque envasé, la vanne permettant d'effectuer des chasses étant cassée. Il est nécessaire d'installer un éclusier pour la manœuvre de l'écluse : ce sera le propriétaire de la Petite Cayenne qui y a déjà une habitation. L'entretien du chenal de délestage est délicat : de nombreux éboulements viennent l'obstruer. Par ailleurs, le 18 novembre 1808, lors d'une "maline extraordinaire", la mer atteint "la hauteur du couronnement de l'écluse" malgré les sartières existant devant les taillées ou digues et qui protègent les marais salants à l'arrière.

En 1814, le problème du dépôt anarchique des lests dans les chenaux des bords de Seudre est dénoncé : "Tous ces sables forment des atterrissements dans les chenaux et des barres à leurs entrées, ce qui nuira considérablement aux communications sous peu de temps, et qui rendra la Seudre et ses chenaux impraticables au commerce. Les propriétaires et les sauniers qui sont tous les jours sur les lieux se plaignent beaucoup, craignant avec raison de ne pas pouvoir prendre autant d'eau qu'il faudrait pour abreuver leurs marais".

En 1824, des "barraques" sont prévues pour le service du bac qui relie la Cayenne à La Tremblade. En 1835, l'ingénieur ordinaire Lessore propose la création d'un petit canal sur la rive gauche du chenal de délestage pour compléter le dépôt de lest et favoriser le service du bac.

En 1839, la Statistique du département présente ainsi le port de Marennes : "Le port de Marennes n'est pas dans l'enceinte de la ville ; il en est éloigné d'environ 1200 mètres. Ce port est composé de deux parties distantes l'une de l'autre de 2500 mètres ; savoir : le chenal de délestage, qui a une écluse de chasse avec une retenue par derrière, et le chenal du Lindron, qui sert de port proprement dit, et qui a 600 mètres de développement. Ces deux chenaux ne peuvent recevoir que des bâtiments de 80 tonneaux". Dès 1829, cette écluse de chasse fait l'objet d'un projet de reconstruction. En 1835, elle est indiquée en ruine, "remplacée provisoirement par une varaigne" ; la construction d'une nouvelle est prévue.

Des plans réalisés entre 1835 et 1838 permettent de préciser la configuration des lieux. Deux pieux de touage (pieux d'amarrage) sont indiqués à l'embouchure de part et d'autre du chenal ; une "barraque d'abri pour les passagers" y est installée. Un petit canal a été ouvert parallèlement au chenal de délestage pour "faciliter le dépôt de lest et service du passage de Marennes à la Tremblade". Le sieur Bailly a fait construire un bâtiment et se réserve un emplacement à côté pour établir des magasins. Une autre "barraque" est indiquée en amont "servant d'abri aux délesteurs". Une zone est délimitée de part et d'autre du chenal pour le dépôt de lest. Le chenal de délestage remontait jusqu'à la Petite Cayenne où étaient établis une "barraque du poste des douanes" et le logement de l'éclusier à proximité de l'écluse de chasse séparant le chenal de la retenue de chasse.

Les travaux de construction du canal de navigation de la Seudre à Marennes dans le prolongement de l'ancien chenal de délestage sont approuvés en 1842-1843 et achevés en 1848-1850. C'est l'ingénieur Leclerc qui dresse le projet du port de Marennes. Les dépenses s'élèvent à 253141 f. La ville de Marennes contribue dans cette dépense pour une somme de 110000 f [?]. Le canal d'accès mesure 5m de largeur au plafond et 21 m en couronne, il possède 3 gares d'évitage pour le croisement des bateaux. En haute mer de vives eaux ordinaires, les navigateurs devaient trouver 5m10 de tirant d'eau à l'entrée du bassin. Ces dimensions étaient donc suffisantes pour permettre l'accès du bassin aux navires calant 2m35. Les bâtiments ne tirant pas plus de 3m60 pouvaient remonter dans le canal à 1600m de son embouchure. Très rapidement, le radier de l'écluse se détériore empêchant son bon fonctionnement : le port devient alors un port d'échouage.

Le canal est bordé de deux digues latérales sur l'une desquelles est assise la route départementale n°3 ; l'autre, celle de la rive droite sert de chemin de halage. Les eaux du canal ont pu débordé en cas de malines d'équinoxe, par exemple en 1883.

Le canal est modifié afin de faire communiquer le port de Marennes et le chenal de Brouage dans le cadre du prolongement du canal de la Charente à la Seudre : les travaux sont achevés en 1862. La jonction des deux canaux forme l'avant-port des Seynes. L'implantation d'une usine de produits chimiques dès 1868 au port des Seynes nécessite l'amélioration du canal pour le transport des engrais fabriqués. L'usine bénéficie de l'eau puisée dans le canal pour refroidir ses chaudières. Le bassin de port et le chenal sont désenvasés en 1878-1879 et une nouvelle écluse à sas est installée en aval du port des Seynes.

Le problème d'envasement demeure : dans un rapport rédigé par M. Pascal, directeur de l’usine St Gobain en août 1889, il signale que les bateaux ne peuvent plus remonter jusqu’au port. Par ailleurs, le canal est concurrencé par l'ouverture de la voie ferrée de Tonnay-Charente au Chapus en mai 1889. Le contexte économique menace également le canal : dans les années 1890, la production de sel dans les marais a quasiment disparu, les vignobles sont détruits par le phylloxéra… Malgré la crise, le canal est élargi et approfondi en 1893. Il est dragué tous les ans à l'aide d'un bac à râteau ; de fréquentes chasses complètent ce système de dévasement. L'activité ostréicole en revanche se développe et plusieurs aménagements (grave ou petit quai, cabanes) apparaissent aux abords du canal.

En 1900, le port de Marennes avec son canal a donc été amélioré avec le concours financier de la ville et de la société de Saint-Gobain. L'objectif était de permettre l’accès à tous les navires qui peuvent franchir, à haute mer, le seuil de l’écluse. Des quais verticaux ont été construits dans le bassin à flot et dans l’avant-port, et enfin une gare d'évitement pour les torpilleurs a été aménagée aux frais de la Marine militaire.

La fermeture de l'usine Saint-Gobain dans les années 1920 puis la Seconde Guerre mondiale vont contribuer à la mutation du canal vers des activités de loisir en lien avec le développement de la plaisance. Ainsi dans les années 1960, le bassin de port, le port des Seynes et les rives du canal accueillent des voiliers qui cohabitent avec les barges des ostréiculteurs implantés le long du canal.

Périodes

Principale : 2e quart 19e siècle

Le canal maritime de Marennes permet de joindre le bassin de port aménagé au sud du bourg de Marennes au port de la Cayenne sur la Seudre. Il parcourt, au milieu des anciens marais salants, une distance de plus de 3,5 km. A 500 mètres du bassin de port, l'avant-port des Seynes est aménagé à la connexion avec le canal de la Charente à la Seudre. Une écluse à sas est installée en aval. Son tracé rectiligne s'infléchit légèrement à l'approche de la Petite-Cayenne : c'est à ce niveau qu'aboutissait l'ancien chenal de délestage et qu'était installée une écluse de chasse. Le canal débouche dans la Seudre, au niveau du port de la Cayenne.

Le canal est encadré de levées sur lesquelles sont aménagées deux routes. Il est ponctué de bornes en pierre. Il est équipé de nombreux pontons en bois permettant l'accostage des bateaux de plaisance. Des zones d'hivernage avec pontons flottants sont aménagées dans le bassin de port et dans l'avant-port. Des villages ostréicoles se sont développés le long du canal, principalement sur la rive gauche. Le paysage alentours est marqué par l'activité ostréicole avec les claires d'affinage.

Localisation

Adresse: Nouvelle-Aquitaine , Charente-Maritime , Marennes

Milieu d'implantation: isolé

Lieu-dit/quartier: Cayenne

Cadastre: (Domaine public maritime ; non cadastré)

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