Présentation du territoire du secteur urbain de la gare, de la préfecture et de l'hôtel de ville de Poitiers

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La construction de la gare dans la vallée de Boivre, à l’ouest de la ville, entraîne un remaniement du tissus urbain de Poitiers à la fin de la première moitié du 19e siècle. Une " Voie d'accession " entre la gare et le plateau, le futur boulevard Solférino, est percée entre 1848 et 1851, date de l'inauguration de la gare.

Projet d'urbanisme, Pichot, vers 1849.

Dès 1849, Alphonse Pichot propose d’ouvrir deux boulevards symétriques en épingle à cheveu avec des escaliers pour les piétons, pour relier de la gare, encore en construction, à une place à créer sur le plateau de Poitiers. Seul le boulevard nord sera percé à partir de 1848 et achevé dans sa partie basse (Voie d'Accession devenue boulevard Solférino après la bataille du 24 juin 1859) vers 1861 et dans sa partie haute (boulevard de la Préfecture, aujourd'hui boulevard de Verdun) entre 1866 et 1868. Le boulevard sud aurait en grande partie détruit le quartier entre la préfecture et l’église Saint-Hilaire. Un plan de 1867 établi pour l'agrandissement des jardins de la préfecture montre que le boulevard Solférino est achevé dans sa partie basse, ainsi que les grands (liaison entre le bas et le haut du boulevard Solférino) et les petits escaliers (liaison boulevard du Grand Cerf - boulevard Solférino) de la gare. La construction de cet ensemble de boulevards doublé d'escaliers implique la consolidation du coteau par la construction d'un grand mur de soutènement parfois appelé à tort " rempart du 19e siècle ".

La ville est engagée, comme beaucoup d´agglomérations sous le Second Empire, dans une entreprise de rénovation de son centre ancien. La décision du Conseil général, dans ce contexte, entraîne un réel renouvellement urbain du quartier de la préfecture, nouveau centre dynamique face à celui de Notre-Dame-la-Grande. Ce renouvellement se structure autour de trois pôles : la gare, le nouvel hôtel de la préfecture et le nouvel hôtel de ville.

Une rue nouvelle, actuelle rue Boncenne, est percée en 1860 pour relier la Voie d'accession au palais de justice.

Observations sur le projet d'un nouvel hôtel de préfecture, choix de l'implantation,  M. de Santerre, conseiller de préfecture, 20 février 1861.Les débats agitent Poitiers sur l’implantation de la préfecture, de l’hôtel de ville, des voies à créer : publication d’un opuscule de C. Thibaudeau, nombreux articles dans la presse et plusieurs sessions de la commission des bâtiments civils, du conseil général et du conseil municipal ne dégagent pas de consensus. Au cours de l'été 1861, les projets se précisent. La construction du nouvel hôtel de ville est actée, la préfecture ne pourra se construire que si une voie d'une certaine largeur (rue impériale aujourd'hui rue Victor-Hugo) est percée entre les deux édifices, la place devant le futur hôtel de ville est agrandie.

Un premier projet d'hôtel de préfecture, dessiné par l’architecte Charles Rohault de Fleury en mars 1859, est finalement abandonné en 1861. L'emplacement de la préfecture est modifié : ce ne sera plus l'emplacement de l'ancienne caserne de gendarmerie, le terrain étant trop en pente, mais des jardins proches du couvent de la Grand'Maison. Au cours de la session de 1861 du conseil général, " M. le Préfet réplique qu'il examinera la question dont il s'agit, et que si les plans de M. Rohault de Fleury doivent être abandonnés, il mettra au concours la construction de la Préfecture. [...] Attendu que les plans de M. Rohault de Fleury pourraient ne pas s'adapter aux terrains nouvellement choisis, le Conseil invite M. le Préfet à faire étudier ces plans par un autre architecte, qui les modifiera, s'il y a lieu. "

Le projet est repris puis redessiné par Alphonse Durand ; son emplacement est affiné, les expropriations commencent en avril 1862. Les marchés sont adjugés en novembre 1863, le chantier progresse rapidement, ainsi qu'en attestent les photographies réalisées par Alfred Perlat. Le gros oeuvre est quasiment achevé en 1865. Le déménagement de la préfecture de son ancien emplacement (ancien évêché près de la cathédrale) a lieu à la fin de l'été 1868.

La ville de Poitiers vote en effet la construction d´un nouvel hôtel de ville en 1861. Il est érigé, sous la direction de Guérinot, ancien adjoint de Durand sur le chantier de la préfecture, sur la place d´Armes (aujourd'hui place Leclerc), face à la préfecture. La construction est interrompue par la guerre de 1870 et l'édifice n'est inauguré qu'en 1875.

Le percement de la voie Impériale, actuelle rue Victor-Hugo, entre ces deux nouveaux édifices majeurs, commence en 1864. Le dessin de la place de la Préfecture (aujourd'hui place Aristide-Briand). Le dessin de la nouvelle place de la préfecture, de plan semi-octogonal, est adopté en 1866 (plan d'Alphonse Durand, 25 janvier 1866). Les constructions des différents immeubles privés construits en lotissement s'achèvent en 1878. L'ensemble est conçu par Alphonse Durand et supervisé par son adjoint, l'architecte Antoine Gaëtan Guérinot, qui dessine les façades concertées, en pierre et brique, avec des balcons continus, et Boyer, architecte du département, qui supervise les ventes de terrain et les travaux de voirie.

Alfred Perlat (1829-1910) documente à partir de 1859 et jusque vers 1875 tous les grands chantiers qui bouleversent l’aménagement urbain de Poitiers et notamment les chantiers des boulevards, de la préfecture, de l'hôtel de ville.

En 1894, l'ingénieur Léon Edoux, inventeur de l'ascenseur hydraulique qui équipa la Tour Eiffel pour l'exposition universelle de 1889 originaire de Saint-Savin, propose d'acheter une bande du jardin de la préfecture pour construire un ascenseur qui relierait le bas du boulevard Solférino à la place de la Préfecture, en passant à l'emplacement des écuries (emplacement actuel de l'hôtel du département).

En 1895, MM, Ernest Dupuy et Moreny présentent au conseil général " d'établir un chemin de fer funiculaire qui partirait en tunnel du boulevard Solférino, en face du bâtiment des voyageurs de la compagnie d'Orléans, traverserait le massif roc eux sur lequel sont les jardins et l'hôtel de la Préfecture, passerait en dessous de la place de la Préfecture, longerait, toujours en tunnel, la rue Victor-Hugo, et déboucherait, à niveau, sur la gauche de la place d'Armes, parallèlement à la façade latérale du théâtre, après avoir franchi une tranchée de 17 mètres 50 de longueur. Il s'arrêterait à 15 mètres plus loin. La longueur totale est de 480 mètres " (Rapport de M. Brouillet, séance du 25 avril 1895).

Le boulevard prend une dimension mémorielle avec la construction d'un monument aux coloniaux en 1904 (détruit lors d'un bombardement en 1944 et remplacé par un nouveau monument) et par le monument aux morts de la Vienne de 1914-1918 (Aimé Octobre, 1925) le long du boulevard de Verdun, au débouché des grands escaliers de la Gare.

La place du Maréchal-Leclerc, qui a longtemps accueilli un marché (et une statue de Louis XIV), est agrandie dans le projet d'urbanisme qui accompagne la construction de la préfecture et de l'hôtel de ville entre 1860 et 1875. Sa vocation varie au fil du temps : place d'Armes, parking, large zone de circulation automobile et de transports publics (tramways puis bus) en périphérie, creusement de la partie centrale et installation d'un massif fleuri à l'ouest, vers la rue Victor-Hugo.

Mis en oeuvre entre septembre 2010 et septembre 2012, le projet de Cœur d'agglomération prévoit de réduire la circulation automobile dans ce secteur urbain. La place Leclerc devient piétonne, la rue Victor-Hugo et la place Aristide-Briand sont pavées et réaménagées.

Un premier projet passerelle permet de relier le centre-ville aux quartiers ouest en enjambant les voies ferrées et la vallée de la Boivre avait été présenté au conseil municipal dès 1884 par l'ingénieur Léon Edoux. Finalement, une passerelle réservée aux piétons est construite en 1952 dans le prolongement de la rue Boncenne. Cette passerelle, dont le béton était fragilisé, a été détruite en 2012 et remplacée par un viaduc, dit viaduc Léon-Blum, mis en service en février 2014 et chaînon d'un futur réseau de bus à Haut niveau de service. Une passerelle secondaire permet de rallier la gare à partir de ce viaduc.

Cette étude ponctuelle a été réalisée en 2003 à l'occasion du transfert de l'accueil de la préfecture dans l'annexe rue Renaudot, et complétée en 2022 à l'occasion de l'exposition sur l'architecte Alphonse Durand dans sa ville natale de Mantes-la-Jolie.

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